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Willy Voet, soigneur de l’équipe cycliste Festina

«Il y a du dopage partout. Et s´il y a du dopage, c´est parce que les coureurs sont demandeurs. On est fou de ces champions. On les regarde comme des dieux. Et si on ne le fait pas, on est remplacé.»
Le Monde, 24 octobre 2000


«Il fallait se munir d'un tuyau en caoutchouc, flexible et rigide à la fois. À une extrémité, on fixait un bouchon, en liège le plus souvent. À l'autre, on accrochait un... préservatif, enfilé sur un tiers du tuyau. Enfin, pour plus de précaution, on collait des poils de moquette, voire des poils tout court, sur la partie qui sortait du préservatif.
Dans le car de l'équipe où le coureur venait se changer avant de passer au contrôle, il ne restait plus qu'à passer à la deuxième étape : se glisser dans l'anus le bout du tuyau muni du préservatif, injecter avec une grosse seringue de l'urine " ordinaire ", boucher le tuyau et le coller à la peau, en épousant la forme du périnée, jusqu'au bord des glandes génitales. D'où les poils, pour masquer le tuyau si le médecin contrôleur décidait de se baisser jusqu'au plancher. Le préservatif chargé d'urine se déployait dans l'anus, ce qui présentait aussi l'avantage de tenir le liquide au chaud. Impa-ra-ble. Les médecins n'y ont jamais vu que du feu. J'ai usé de ce stratagème pendant trois ans en toute tranquillité.
J'ai fait ma première tentative sur un petit coureur de l'équipe Marc Zeep Central, en 1980. Tout a marché comme sur des roulettes. Le système était fiable, rapide à mettre en place et bien accepté par les coureurs. Un grand chasseur de classiques a pu vérifier cette efficacité après sa victoire dans le Tour des Flandres. Cela dit, il s'adressait à des hommes intrépides. Car il ne faut pas avoir froid aux yeux pour s'avancer vers le médecin contrôleur avec un tel appareillage dans les fesses! Si les coureurs sont des guerriers, ce sont aussi des comédiens. Depuis la catastrophe Pollentier, les coureurs devaient en principe se présenter pratiquement nus dans la caravane antidopage. Rien sous les bras, rien dans les poches. Il fallait bien trouver une autre cachette...
En dépit du petit nombre d'initiés (des coureurs belges pour l'essentiel), le secret s'éventa peu à peu. J'ai appris que le système était mort de sa belle mort quelques années plus tard. Comme d'habitude, trop content d'avoir déjoué un contrôle antidopage, un coureur ou un soigneur avait dû en parler, sous le sceau de la confidence, à un de ses collègues qui avait fait de même. Et ainsi de suite jusqu'au jour où un coureur allemand réputé se fit pincer lors d'une course dans son pays. En toute confidentialité.»

«Si je mentionne principalement Virenque et Hervé, c'est parce qu'ils jouaient un rôle actif dans la distribution des produits dopants, l'un en tant que leader, l'autre comme son lieutenant. Dès 1994, Virenque s'informait du déroulement des opérations relatives à l'EPO et aux hormones de croissance. " En a-t-on assez, as-tu parlé avec le médecin ? " Il posait beaucoup de questions, surtout dans la perspective du Tour de France, son Graal. Il avait bien sûr intérêt à ce que l'équipe marche le mieux possible pour l'aider à gagner cette course qui lui a toujours échappé mais qui a fait sa renommée. Virenque savait pertinemment ce qu'il faisait. Son célèbre " à l'insu de mon plein gré " est scandaleux de mauvaise foi. Il était le leader, le patron donc, tout autant qu'un porte-parole. Rien ne pouvait se décider sans lui, et surtout pas la manière de se charger. En période de préparation au Tour, il était de ceux qui poussaient à la " consommation ". Virenque est aussi responsable qu'un homme comme Roussel dans l'instauration d'un système organisé de dopage. À une différence : le dernier souhaitait canaliser les dangers de cette pratique quand le premier ne pensait qu'à lui.»

Massacre à la chaîne, 1999


«Au total de chaque saison (on utilisait) 300 doses d’EPO et autant d’hormone de croissance, à raison de 450 francs l’ampoule d’EPO au marché noir et quelque chose comme 600 francs celle d’hormone de croissance, faîtes le compte ça dépasse les 600.000 francs.»

«Quand les médecins chargés d’effectuer les prélèvements sanguins débarquaient à 6h30, les coureurs avaient jusqu’à 8h15 pour faire baisser leur taux d’hématocrite, alors qu’il suffit d’un gros quart d’heure pour le faire. En gros on injecte un litre d’eau dans le sang avec une perfusion à gros débit comprenant 0.09 % de sodium (…) et le tour est joué. Vingt minutes plus tard le taux d’hématocrite descend de trois « barres » environ. Il faut ajouter qu’après le contrôle, et avant le départ, on administre des diurétiques pour éliminer l’excès d’eau…Et retrouver rapidement le taux d’hématocrite initial.»

L’Equipe 02 octobre 1998

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