Magazine Sport & Vie > Sport & vie n° 77


La virilité en pommade

Les initiales DALA ne sont pas encore très connues. Mais dans un contexte de vieillissement de la population, elles devraient logiquement gagner de l’audience. Elles signifient "Déficit Androgénique Lié à l'Age".
En clair, on produit moins de testostérone en vieillissant, surtout lorsqu'on ajoute à l’âge les effets du quatuor maudit: alcool, tabac, stress, sédentarité. Cette baisse s'explique par une altération des cellules de Leydig des testicules, et par une diminution du taux de LH, l'hormone hypophysaire qui stimule précisément la production de testostérone. Cela se traduit par toutes sortes de symptômes: perte de libido, diminution de l'éjaculation, perte d'énergie, fonte musculaire, prise de poids, chute des cheveux, récupération plus difficile après une maladie, etc. Ce triste tableau concernerait entre 7 et 35% des hommes au-delà de 50 ans. Dans la lignée des traitements pour femmes ménopausées, les laboratoires ont imaginé des thérapies de substitution hormonale. Cela ne pose pas de problèmes techniques. Dans les années 60, on trouvait déjà de nombreuses spécialités pharmaceutiques contenant de la testostérone. Seulement, elles ont presque toutes disparu du marché, notamment en raison d’une très mauvaise réputation acquise dans le sport. Depuis 1998, il ne reste que l'Androtardyl® et le fameux Pantestone®, lui-même impliqué dans l'affaire Festina en 1998.
A l'époque, on avait retrouvé 160 capsules du médicament dans les bagages du soigneur de l'équipe, Willy Voet. La prise d'hormones par la bouche suscite donc de la méfiance dans le grand public. Les laboratoires Besins eurent alors l'idée de commercialiser le produit sous forme de gel (Androgel®). On évitait ainsi les pics de diffusion sanguine comme lorsqu'on consomme de la testostérone par voie injectable, et l'accumulation des métabolites dans le foie comme lorsqu'on en prend par voie orale. Bien sûr, on trouvera plein de choses à redire sur cette façon de faire. Encore une fois, il s’agit d’un procédé pour éviter que l’on ne se pose les vraies questions.
En l'occurrence, il est plus facile de s'enduire de gel que d'enfiler ses baskets ou de s'arrêter de fumer. On fait également abstraction de la nature physiologique de cette baisse de testostérone avec l'âge. La prise d'hormones ne risque-t-elle pas d'enflammer les petits cancers incognito de la prostate, dont on sait qu'ils concernent la moitié des hommes âgés de plus de 70 ans. Enfin, on s'inquiète qu'en raison d'une cinétique d'assimilation très lente, ce gel de testostérone ne permette de passer à travers les tests antidopage. Les résultats des études préliminaires indiquent en effet une faible augmentation de testostérone dans le sang (environ 2,5 ng/ml) avec retour au taux de base en 72 à 96 heures après la dernière administration.
Il va falloir être adroit pour attraper les partisans de la pommade.

Dr JPdM
Sport et Vie n°77
Sur le Front du Dopage

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