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Vintimille, tout le monde descend

Dans son livre De mon plein gré, Jérôme Chiotti nous raconte sa visite chez cet apothicaire des mollets défaillants, au mois d'août 1996, lors d'un voyage aux championnats d'Europe à Bassano del Grappa (1).

"A proximité de la frontière, je demandai à Gérard Pégon, le conseiller technique régional du Languedoc, si nous pouvions nous arrêter quelques instants dans la ville frontière, devant une pharmacie de bonne réputation. Des coureurs m'avaient refilé l'adresse. "Bon, mais fais vite, on est attendus", lança Gérard Pégon, qui devait continuer à tout ignorer. Je fus réglo: la transaction ne prit pas plus d'un quart d'heure. Dans l'officine, je demandai des produits italiens de récupération. On me les fournit avec le sourire. Sachant où je mettais les pieds, j'entrepris de réclamer de l'ÉPO et de la testostérone, rien que ça. Le pharmacien italien, qui parlait sans difficulté le français, ne fut pas étonné le moins du monde. "D'accord, mais suis-moi dans l'arrière?boutique, c'est préférable". Une fois à l'abri des regards, je commandai vingt ampoules d'ÉPO de deux mille unités chacune et deux boîtes de testostérone. De quoi tenir un bon bout de temps. (...) Je réglai le pharmacien en liquide (soit l'équivalent de 7 500 francs) par la magie d'un distributeur automatique tout proche et d'un complément que je portais sur moi.".

Le mode banal du récit en dit long sur l'étendue de ce type de commerce. Mais ce qui est le plus amusant dans cette histoire -et cela, Jérôme Chiotti est trop jeune pour le savoir-, c'est que cette pharmacie de Vintimille était déjà connue des anciennes générations de coureurs. Dans un magazine "Le Miroir des Sports" de 1966 (!), on retrouve ainsi la trace d'un dialogue entre Félix Lévitan et Jacques Anquetil à propos d'un certain pourvoyeur "bien à l'abri des poursuites, de l'autre côté de la frontière franco?italienne, quelque part dans les environs de Vintimille" (2). Le Docteur Pierre Dumas, emblématique pourfendeur du dopage des années 1960, y fait également référence lors d'une table ronde consacrée au dopage.

"Deux Français du Tour de l'Avenir 1965 trouvent moyen de tomber dans le coma au col de l'Aubisque", raconte-t-il. "Après avoir ingurgité au moins deux tubes d'amphétamines ou de Maxiton(r) qu'ils avaient achetés à Vintimille, car chacun sait qu'à Vintimille on peut acheter sans ordonnance le Maxiton(r) et l'amphétamine." (3)

Bref, cela fait plus de 40 ans que les pelotons cyclistes s'approvisionnent dans les arrière-boutiques de Vintimille sans que cela tourmente outre mesure l'ordre public.

Dr JPdM
SPORT ET VIE N°71
Sur le Front du Dopage

(1) De mon plein gré, Ed. Calmann?Lévy, 2001
(2) Le Miroir des Sports, 1966, n° 1139, 6 juillet
(3) Vie médicale actualité, 1966, supplément 77

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