Une norboléthone qui étonne
Le 31 août dernier, une dépêche de l'agence Reuters, mal traduite en français, annonçait: "le cycliste américain Tammy Thomas, médaille d'argent aux championnats du monde de vitesse 2001, a été suspendu à vie pour avoir été positif à la norboléthone, un stéroïde anabolisant." La nouvelle est passée pratiquement inaperçue. D'abord parce qu'il y a longtemps qu'on ne se retourne plus à l'annonce d'un cycliste dopé; ensuite parce que le nom de Tammy Thomas ne disait rien à personne. Renseignement pris, il ne s'agissait pas d'un homme mais d'une femme (bravo Reuters): Miss Tammy Thomas (32 ans), membre de l'équipe américaine de cyclisme sur piste et habitante de Yazoo City. En 2000, elle avait déjà subi un contrôle positif à la testostérone et écopé d'un an de suspension. Mais dans ce cas-ci, l'accusation était beaucoup plus inattendue puisqu'on faisait mention de norboléthone, un stéroïde anabolisant très peu connu qui n'avait encore jamais fait parler de lui et ne se trouve nommément cité dans aucune liste rouge. Depuis 1998, il a même disparu de la liste des substances prohibées du ministère des Sports publiée dans le dictionnaire Vidal (répertoire des médicaments). En revanche, on sait que la formule chimique de la norboléthone est très voisine de la noréthandrolone, un stéroïde anabolisant beaucoup plus connu dans le monde du sport sous le nom de spécialité Nilevar. Les deux substances ne se distinguent que par le remplacement d'un radical méthyle à la place d'un éthyle. Pour en revenir à Tammy Thomas, elle a affirmé lors de l'audition devant l'Agence américaine antidopage (USADA) n'avoir jamais utilisé de norboléthone et a fourni aux membres de la commission les compléments alimentaires et les médicaments qu'elle consommait habituellement qui, selon l'Agence, n'étaient pas prohibés. Elle a également mentionné l'existence d'un contraceptif féminin dont la structure chimique était presque identique à la substance en question. Ses explications n'ont pas convaincu les trois experts qui, compte tenu du caractère récidiviste de l'affaire, ont suspendu Tammy Thomas à vie. Mais cela ne résout rien à la question: d'où venait cette mystérieuse norboléthone? Tant qu'on n’aura pas résolu cette affaire, on court le risque de voir le problème se reproduire bientôt. Comme pour une certaine nandrolone.
Dr.JPdM
Sport et Vie n°75
Sur le Front du dopage