Une bouteille de rhume
Ce fut encore le cas pour la Russe Elena Bereznhaya, double championne du monde et d'Europe en couple de patinage artistique, sanctionnée pour contrôle positif lors des championnats d'Europe à Vienne en février 2000 ou encore pour le boxeur égyptien Bark Abdallah exclu de sa finale (+ 91 kilos) aux Jeux de la Francophonie au mois de juillet dernier. A chaque fois, il s'agissait d'éphédrine, un produit souvent cité comme responsable de ces pseudo-injustices et dont on se demande plus ou moins ouvertement s'il doit encore figurer sur la liste rouge. Après tout, cette substance est utilisée depuis des décennies, notamment contre les symptômes du rhume. Elle intervient dans des centaines de préparations. On la trouve même dans des sirops pour enfants. Mérite-t-elle vraiment son statut de dopant? A cela, on répondra qu'à doses supraphysiologiques, l'éphédrine produit des effets stimulants très proches de ceux des amphétamines, que la confusion avec un usage thérapeutique est pratiquement impossible surtout depuis le rehaussement du seuil urinaire au début de l'année 2000 (25 μg/ml contre 10 auparavant) et que l'usage de ces produits tombe nettement sous le coup de la définition d'un produit dopant dans la mesure où, dans le sport, ils servent généralement à améliorer la vigilance de l'athlète, notamment son temps de réaction au coup de pistolet du starter ou éventuellement à se débarrasser de la sensation de faim dans toutes les situations où il faut perdre du poids rapidement. Quant à sa dangerosité, elle est réelle. A doses supraphysiologiques, l'éphédrine peut entraîner des réactions d'intolérance: maux de tête, insomnie, palpitations et même délire. Plus grave encore: lors d'une étude en 1990, deux décès et dix accidents vasculaires cérébraux ont été attribués à la phénylpropanolamine (PPA), un dérivé de l'éphédrine, qui fait actuellement l'objet d'un épineux débat dans la communauté scientifique internationale. On considère à présent que le risque d'accident vasculaire est augmenté de 50% en cas de traitement à la phénylpropanolamine. Cela paraît anecdotique. Mais, compte tenu de la consommation de ces produits -20 millions de doses par an en France- l'impact est catastrophique. Aux Etats-Unis, on estimait ainsi que ces médicaments coûtaient entre 200 et 400 cas d'hémorragie cérébrale chaque année avant son interdiction en novembre 2000. En France, la phénylpropanolamine est interdite comme anorexigène mais reste disponible comme décongestionnant. L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments et des produits de santé (AFSSAPS) se contente de rappeler les recommandations de prudence: bien respecter les posologies et la durée du traitement, éviter leur usage en cas d'hypertension ou d'antécédents de convulsions. Mais le propre du dopage, c'est évidemment d'échapper à toute mise en garde.
Sport & Vie n° 68
Sur le front du dopage