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Un procès d'utilité publique

Cette lutte antidopage qui s’apparente à une guerre est maintenant un peu plus forte, plus puissante. Comme le dit Jacquard « la seule puissance, c’est de transformer ce qu’il y a dans la tête des autres, c’est de les faire réfléchir, d’être présent en eux par la parole. Les vrais puissants sont ceux qui ont la parole. Jusqu’à ce procès, le coût de la parole pour les cyclistes était supérieur au coût du silence. Le cyclisme est globalement sous le contrôle d’un monopole, d’une seule société, celle qui organise le Tour de France et d’autres épreuves sous l’œil de caméras du service public avec qui elle a passé de gros contrats d’intérêts, sous le verbe de commentateurs « fans » qui n’en peuvent mais, sous la plume de bien nourris. Jusqu’au tour 98, on ne pouvait entendre que sa parole unique et sa fatuité : une autosatisfaction qui s’étale de manière déplaisante, insolente ou ridicule. La fatuité s’accompagne toujours d’un peu de sottise. Elle possède et dirige le seul journal sportif français, contrôle les journalistes. Elle phagocyte la FFC* avec son futur ex-président caution mais responsable devant ses électeurs et l’UCI* aux règlements surréalistes, d’un autre temps, dictatoriaux, attentatoires aux principes généraux du droit ( Ex : le procureur de l’UCI peut condamner à condition que la défense se taise !). Un parfait trust qui peut manipuler à sa guise et minimaliser à son gré tous les problèmes, même les plus graves et diffuser des masquants médiatiques. Seulement voilà, la vérité a éclaté officiellement. Il n’est plus guère que les refoulés et psychotiques s’accrochant lamentablement à leur pouvoir comme des chiens à une saucisse pour oser déclarer que le cyclisme de haut niveau était caractérisé par autre chose que la désinformation, l’opacité, l’omerta et le faux et usage de faux. Le négationnisme est réprimé pénalement. Le révisionnisme à l’encontre du dopage généralisé pas encore, et pourtant c’est un problème avéré de santé publique. On a traité « d’excessifs donc d’insignifiants » ceux qui ont parlé d’évangélisation de la rentabilité, de dérégulation mafieuse, de criminalisation rampante des institutions sportives. Seulement voilà, l’expérimentation humaine est considérée depuis peu comme un crime contre l’humanité. Qu’est ce donc qu’un cycliste de haut niveau international qui, bouche entrouverte sans stigmate de fatigue avale les cols à 35 km/h sans faiblir? . Le procès a démontré que c’est la loi du silence qui tient lieu d’éthique dans ce sport. C’est à l’heure où dans tous les collèges de France une immense campagne contre la violence placarde des affiches où il est inscrit « Non à la loi du silence ! Pour la faire reculer, commençons par la regarder en face.

La justice de Lille a regardé droit dans les yeux du système, des prévenus et des parties civiles déboutées. Elle a tout compris et nous invite à sa contemplation désintéressée. Mais certains choisiront la chose regardée et éviteront cyniquement ce regard du juste. Pour demeurer dans le royaume de l’illusion, parce que la vérité est insupportable. Elle est indispensable pourtant cette vérité pour reconstruire, au point que certains paieront de graves maladies le fait d’en être privés. La priorité n’est surtout pas « de reconstruire une image. Ce cyclisme qui reposait justement sur l’image et pas sur la réalité est presque mort. Non ! C’est de décrire le réel et de reconstruire un cyclisme sans concessions à cette foutue image qui importe. Mais ce n’est pas gagné. Deux exemples très récents le démontrent. Le procès éminemment pédagogique et didactique a mis en exergue que les résultats internationaux n’avaient presque aucune valeur, qu’ils étaient donc inintéressants, qu’il existait même des inégalités entre dopés aux mêmes produits. Que croyez-vous que le magazine cycliste de la société nommée ci-dessus dont les ventes sont pourtant en chute libre a fait dans son numéro de décembre ? Il a complètement occulté le procès, a sacré Armstrong vélo d’or mondial et a fait un cahier spécial des résultats 2000 ! Tutti va béné ! Second exemple : Jérôme Chiotti** symbole de la Rédemption qu’on veut crucifier a été le premier et est toujours le seul athlète en activité à avoir fait des aveux spontanés de dopage par le passé qui ne résultent pas d’une coercition judiciaire. Il est actuellement le meilleur cyclo crossman Français et un des premiers croisés déclarés de la lutte antidopage. Il voulait participer aux coupes du monde avec l’équipe de France étant un des seuls à pouvoir bien évoluer « à l’eau » à ce niveau. La FFC refuse sa sélection et lui a préféré un autre athlète qui vient d’être contrôlé et de se faire « pincer » à la dernière coupe du monde sous le maillot équipe de France pour un taux d’hématocrite !
Supérieur à 50 ! Ou comment cautionner la loi du silence que Chiotti a transgressé pour mieux continuer d’honorer les « cornues pédalantes ».

On l’aura compris, les choses évolueront quand les mentalités changeront, donc quand les gens au pouvoir changeront.

C’est pourquoi le futur président de la FFC a le devoir de faire cette fois avec ceux qui sont réellement engagés, la révolution humaine et culturelle indispensable pour sauver ce sport fabuleux pratiqué régulièrement par 10 millions de personnes en France et pourri par un petit nombre de « licenciés ». Et ce sans consensus auprès des nostalgiques du « milieu » professionnel.


Antoine Vayer


* FFC, Fédération Française de Cyclisme. UCI, Union Cycliste Internationale.


** Jérôme Chiotti a déclaré spontanément avoir pris de l’EPO en 96 pour conquérir son titre mondial de VTT car il ne veut plus se doper. L’UCI veut elle toujours durcir la sanction avec sursis qui lui a été infligée par la FFC pour la rendre « ferme ».

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