Magazine Sport & Vie > Sport & vie n° 77


Silence dans les rangs : « une seule fois »

Les générations de sportifs se suivent et se ressemblent. Du moins lorsqu'il s'agit d'utiliser des arguments oiseux pour botter en touche la question du dopage. Après le florilège des bonnes intentions (Sport et Vie n°74) et les interprétations abusives des contrôles négatifs (Sport et Vie n°76), voici le troisième volet du discours: l'aveu. Mais un tout petit, petit aveu!

Gino Bartali (ITA), cycliste professionnel de 1935 à 1954
"Je n'ai jamais usé de doping. La seule fois où j'ai pris une drogue, pour faire comme les autres, c'était en Belgique, dans un Championnat du monde. J'ai été si malade que je m'en suis tenu là."
Sport et Vie n° 19, juillet-août 93.

Fabrice Bénichou (FRA), boxeur professionnel de 1984 à 1995
"A l'entraînement, les dirigeants bulgares distribuent à chaque boxeur des petites pastilles blanches, bleues, jaunes et rouges que tout le monde avale sans poser de questions. Avec ça, tu pètes le feu. Jamais, je ne me suis senti aussi bien. Lorsque j'ai arrêté d'en prendre, j'ai eu une chute physique terrible doublée d'une forte déprime. Comme s'il me manquait quelque chose. De toute ma carrière, c'est la seule fois où j'ai pris des cachets."
Sans prendre de gants, Fabrice Bénichou, avec Richard Loyant et Etienne Moatti, Édition° 1, 1995.

Dr. Gabe Mirkin (USA), médecin du sport et directeur médical de Runner's World
"Je n'ai utilisé d'amphétamines qu'une seule fois et j'ai failli en perdre la vie. Je tiens à rappeler à tous les sportifs, et surtout à ceux qui veulent se surpasser, que les amphétamines n'ouvrent pas le chemin du succès, mais bien celui de la destruction."
La médecine du sport, de Mirkin G. et Hoffman M., Les Editions de l'Homme, 1981.

Eugène Christophe (FRA), cycliste professionnel de 1904 à 1926
"Jamais, jamais de ma vie, vous m'entendez, mes enfants, je n'ai touché à vos trucs diaboliques. Une fois j'ai essayé de mettre du champagne dans mon bidon, mais comme ce jour-là, je ne roulais pas droit, j'ai estimé avoir fait des kilomètres en plus et je me suis juré de ne plus recommencer "
Le Matin, 25 août 1979

Marcel Desailly (FRA), footballeur professionnel internationalMarcel Desailly (FRA), footballeur professionnel international
"Autant le reconnaître: j'ai "pris". Deux fois ou trois fois, je ne sais plus, toujours en présence d'au moins un médecin (...) Aujourd'hui encore, j'ignore ce qu'étaient ces cachets. Seule certitude: même si je m'en veux de les avoir acceptés, à aucun moment je n'ai eu le sentiment d'être "différent" sur le terrain."
Capitaine de Marcel Desailly avec Philippe Broussard, Ed. Stock, 2002

Amédée Domenech (FRA), international de rugby (52 sélections de 1954 à 1963)
"Aujourd'hui, il y a prescription. Oui, j'avoue que je me suis chargé pour ce match (France-Sprinkboks 1961 à Colombes: 0-0). Des cachous, j'en avais pris plus qu'il n'en fallait! Ce que c'était? Non, pas de la tisane d'Epernay. Du Maxiton® (amphétamine). J'avais un peu forcé la dose. Deux jours après, je sautais encore les haies."
L'Équipe, 15 octobre 1992

Guy Drut (FRA), médaillé d'argent sur 110 mètres haies aux JO 1972 et d'or aux JO 1976, ministre des sports de 1995 à 1997
1. "J'ai fumé trois ou quatre bouffées de haschisch pour me rendre compte".
Champions en liberté, de Edelstein et al., Ed. Calmann-Lévy, 1973.
2. "J'ai essayé un produit miracle une fois à l'entraînement, sans aucun résultat."
L'or et l'argent, propos recueillis par Charles Biétry, Ed. Denoël, 1976.
3. "Une fois, en 1969, j'ai touché aux anabolisants. J'ai pris la moitié d'un tube de Dianabol® (stéroïde anabolisant) prescrit à ma femme(?). Trois pilules par jour. Je n'ai pas senti grand-chose."
Le Nouveau Médecin, décembre 1977

Lino Lacedelli (ITA), et Achille Compagnoni (ITA), alpinistes vainqueurs du K2 le 31 juillet 1954
"C'est ainsi qu'une demi-heure après avoir atteint le point culminant du K2 (8.611 m), deuxième plus haut sommet de l'Himalaya, nous nous remettons en marche. Nous n'avons ni mangé, ni bu, pas même une goutte. Nous ne prenons qu'une pastille de Sympamine® (une amphétamine), et c'est la seule fois que nous avons recouru à un excitant."
La conquête du K2, Desio A., Ed. Arthaud, 1957

Luc Leblanc (FRA), cycliste professionnel de 1987 à 1998
"Nous avons tous été approchés par des pourvoyeurs. Après, c'est à chacun de voir. Tout le monde sait dans le peloton que je n'ai jamais pris une amphétamine. D'ailleurs, c'est un motif de plaisanterie entre nous. C'est si vrai que le soir de mon titre de champion du monde à Agrigente, les collègues ont voulu me faire passer le baptême du feu. J'ai accepté d'en prendre. Mon Dieu! Je n'ai pas pu fermer l'œil de la nuit. Le lendemain, je disputais un critérium à Châteaulin. J'étais détruit."
Le Point, 25 juillet 1988

Marc Madiot (FRA), cycliste professionnel de 1980 à 1994 directeur sportif depuis 1997
"Je n'ai jamais absorbé de produits interdits dans une course. J'avoue, et cela ne regarde que moi, avoir pris des produits interdits à l'occasion des critériums."
Libération, 9 octobre 1989

Charly Mottet (FRA), cycliste professionnel de 1983 à 1994Charly Mottet (FRA), cycliste professionnel de 1983 à 1994
"Ça m'est arrivé de faire l'expérience d'utiliser des amphétamines et j'avoue que ça a été un échec pour moi. Ça n'apporte rien à l'effort sportif."
Sport et télé, Les liaisons secrètes, par Eric Maitrot, Ed. Flammarion, 1995.

Yannick Noah (FRA), tennisman professionnel de 1978 à 1990Yannick Noah (FRA), tennisman professionnel de 1978 à 1990
"Il m'est arrivé une fois complètement par hasard de m'entraîner après avoir fumé. C'est vrai, j'ai éprouvé certaines sensations. Mais elles n'étaient pas pour autant bénéfiques. Car si physiquement j'avais l'impression d'être increvable, en revanche, je manquais totalement de lucidité. Et on ne peut gagner un match de tennis si on n'est pas lucide."
L'Équipe, 29 août 1980

Pascal Olmeta (FRA), footballeur professionnel
"C'était la première fois que j'utilisais du Captagon® (amphétamine apparentée) pour découvrir enfin le mystère de quelques footballeurs connus pour cette pratique immodérée. La deuxième fois, ce fut quelques mois plus tard. Je ne me souvenais pas de tout. Au fond, c'était comme une deuxième cuite que l'on se jure de ne jamais reprendre pendant la gueule de bois du lendemain. L'expérience avait assez duré. Promis, juré, je refuserais toute idée de "vitamines" à l'avenir... depuis, je n'en ai plus jamais repris."
Goal, Ma drôle de vie, Ed. Solar, 1991

Eddy Planckaert (BEL), cycliste professionnel de 1980 à 1991
"Oui, je me suis dopé une fois à l'érythropoïétine (ÉPO). C'est un produit fantastique mais mortel (...) J'en ai utilisé pendant une période."
L'Équipe, 20 janvier 1998

Dominique Rocheteau (FRA), footballeur, 49 sélections internationales de 1975 à 1986
"Cela existe, même dans notre milieu. Lorsque j'étais fatigué, j'ai pu prendre des excitants mais jamais lors des grandes occasions."
Impact Médecin, 8 juin 1990

Serge Simon (FRA), rugbyman du Stade Français?CASG, international (2 sélections en 1991) et médecin:
"La seule fois où je me suis vraiment "dopé" remonte à 1985. J'avais dix-sept ans. Je venais d'intégrer l'équipe de Nice."
Paroles de dopés, de Bordenave Y. et Simon S., Ed. J.C. Lattès, 2000

José Touré (FRA), footballeur professionnel de 1980 à 1988 (16 sélections internationales de 1983 à 1989)
"A Nantes, le beau club pur de la Côte atlantique, j'ai été dopé. Et après?... C'est la seule fois de ma vie où j'ai joué dopé. On l'avait décidé pour moi, je l'ai fait."
Prolongations d'enfer, Ed. J.C. Lattès, 1994

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