Magazine Sport & Vie > Sport & vie n° 71


Silence dans les rangs

"Vous pouvez citer mon exemple. Oui, je me suis dopé. J'ai fait des bêtises. Il faut que cela serve de leçon. La cortisone, entre autres, c'est une catastrophe! Je suis bien placé pour en parler."
Jean?Pierre Danguillaume, cycliste professionnel français de 1970 à 1978. (L'Équipe, le 10 mars 1979)


"Nous sommes quelques-uns à penser que les amphétamines, par exemple, étaient un moindre mal. Les corticoïdes ont rayé plus de gars du peloton que ce qu'on s'envoyait avant les interdits".
René Fallet (1927?1983), romancier français (Miroir du Cyclisme n° 243, novembre 1977)


"Au Grand Prix des Nations, les types prenaient tellement de produits, comme des corticoïdes, que ça leur pourrissait les os et un tas de pépins de santé survenaient par la suite".
Apo Lazaridès, cycliste professionnel français de 1946 à 1956 (Nice Matin, le 18 juillet 1998)


"En 1971, comme cycliste professionnel, je gagnais 3.000 balles par mois, pas plus qu'un employé de banque, avec des risques en plus car de nouveaux produits arrivaient, les corticoïdes, et là, oui, ça m'a fait peur."
Jean?Marie Leblanc, cycliste professionnel français de 1967 à 1971, directeur du Tour de France depuis 1989 (L'Équipe Magazine, 19 juillet 1997)


"Je dis tout ce que les autres pensent tout bas. C'est tout. Je n'ai peur de rien. Ma chance a été de ne pas supporter la cortisone, qu'elle ait sur moi des effets si visibles que le traitement ne pouvait être poursuivi. Je souhaite simplement cette chance à tout le monde."
Alain Meslet, cycliste professionnel français de 1976 à 1981 (L'Équipe, le 18 juillet 1981)


"Tous sont au courant des catastrophes physiologiques que peut entraîner le dopage et notamment l'abus des corticoïdes. Cela ne les émeut pas. Un avenir grabataire ou peuplé de cannes anglaises et de chaises roulantes ne les effraye pas."
Philippe Miserez, médecin du Tour de France de 1970 à 1981 [Le Figaro, le 23 juillet 1979)


"Des catastrophes qui s'appellent Alain Santy, Sylvain Vasseur ou Leif Mortensen et les autres. De la graine de champions carbonisés par la cortisone et disparus aussi vite des mémoires que du classement général. Il a bien failli en être de même pour un certain Bernard Thévenet, deux fois vainqueur du Tour. En 1978, il y a deux ans, Thévenet vidé, lessivé et fini a courageusement dénoncé lui aussi la cortisone, avouant qu'il en prenait depuis trois ans."
Philippe Miserez, médecin du Tour de France de 1970 à 1981 (Paris Match, le 1 août 1980)


"Je regrette amèrement mes déclarations à propos de la cortisone car dans cette affaire j'ai été vraiment naïf. J'ai le sentiment d'avoir été trahi et d'avoir moi?même trahi mes pairs. Mais j'en ai que trop parlé et je n'ai plus rien à dire".
Bernard Thévenet, cycliste professionnel français de 1970 à 1981 (Vélo, n° 160, novembre, 1981)


"On vit dans l'hypocrisie. Tout le monde sait bien que les amphétamines sont moins dangereuses que les corticoïdes. Là, avant, on voyait des coureurs affûtés, maintenant, ils sont soufflés."
Maurice de Muer, directeur sportif de l'équipe Peugeot de 1975 à 1982 (L'Équipe, le 19 juillet 1980)


"Depuis la mise en place des contrôles médicaux, il faut bien dire que la situation ne s'est pas améliorée. C'était dix fois mieux, mille fois mieux de prendre des amphétamines, c'était infiniment moins dangereux. Les abus de cortisone sont graves, très graves."
Luis Ocaña, coureur professionnel espagnol de 1967 à 1977 (L'Équipe, le 17 juillet 1980)


"On marche au super, on tire de gros braquets. Mais ce que l'on oublie, c'est que les glandes surrénales ne marcheront plus jamais normalement et que les effets secondaires sont terribles. Je le sais. Je l'ai fait. Cela m'a permis de faire illusion en fin de carrière."
Roger Pingeon, cycliste professionnel français de 1964 à 1974 (Télé 7 Jours, le 4 août 1984)


"La cortisone c'est un peu comme si vous utilisiez votre maison de bois pour alimenter votre feu."
Professeur Michel Rieu, physiologiste du sport (L'Équipe, le 11 août 1980)


"On a réussi chez Festina, et j'en suis fier, à éliminer beaucoup de médicaments et de produits dangereux comme les corticoïdes ou les hormones."
Eric Ryckaert, médecin belge de l'équipe Festina (Le Parisien, le 21 octobre 1998)


"Ce qui me frappe le plus, c'est l'hypocrisie qui règne au sujet du doping. Neuf coureurs sur dix se piquent régulièrement à la cortisone. Un produit qui rend agressif et permet de dépasser le seuil de la fatigue. La seringue fait partie de la trousse de toilette."
Laurent Vial, coureur professionnel suisse (L'Illustré, n° 25, 19 juin 1985)


Enfin, le dernier exemple n'est pas tiré du monde sportif mais de celui de la chanson où la cortisone aide également à tenir le coup :

- Combien de concerts donnez?vous par an ?
- Il m'est arrivé de chanter pour mes impôts. En 1992, j'avais donné 249 concerts sur 365 jours. Il avait fallu changer les cuivres, car, comme ils jouaient beaucoup trop, les musiciens avaient les lèvres coupées. Le guitariste avait la main gauche qui saignait et le sang coulait le long des cordes.

? Et vos cordes vocales?
- Elles sont à rude épreuve depuis longtemps. Aphone ou pas, on chante. A coups de piqûres de cortisone. Une saison à l'Olympia, comme on ne savait plus où me piquer, on me piquait dans les pieds. J'ai mis deux ans à m'en remettre.

Gilbert Bécaud (1927-2001) (Le Journal du Dimanche, 23 janvier 2001)



SPORT ET VIE N°71
Sur le Front du Dopage

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