Silence dans les rangs
Avec le recul de quelques années, certaines des déclarations seront sans doute jugées assez drôles. Au moins elles ont ce mérite. Car, pour le reste, il est plutôt affligeant de constater comment les hommes sont capables de condamner un mot, tout en souscrivant à ce qu'il représente!
"Les anabolisants sont presque une forme de soutien d'entraînement. Tout ce qu'on peut dire me fait marrer: certains médecins m'ont même dit d'ailleurs que l'entraînement deviendrait dangereux sans anabolisants. Il ne faut surtout pas confondre dopage et anabolisants..."
Yves Brouzet, recordman de France du lancer de poids en 1973 (20,20 mètres) (France?Soir, le 18 juillet 1976)
"Nous, on avait des stimulants et des fortifiants dans notre bidon, ça s'appelait de la Biodynamine(r) et du Pepto?Kola(r). Cela se présentait sous forme de liquide dans une sorte de stylo et l'on mettait ça dans notre bidon. Ça donnait un peu de force pour finir les derniers kilomètres, mais ce n'était pas du dopage."
Fermo Camellini, cycliste professionnel français de 1937 à 1950 (Nice-Matin, le 18 juillet 1998)
"Au dernier Tour du Luxembourg, Christian Jourdan a été positif et je l'ai tout de même sélectionné pour le Tour. Trois semaines avant le Luxembourg, il avait pris du Durabolin(r) (anabolisant). J'ai fait la différence avec les amphétamines."
Philippe Crépel, directeur sportif de l'équipe La Redoute?Motobécane (L'Équipe, le 16 juillet 1980)
"Joop Zoetemelk s'est?il réellement dopé pour la dernière étape du Tour de France, comme on l'a abondamment affirmé sur les ondes et sur les écrans? Pas du tout. Le coureur néerlandais a bien expliqué qu'il avait eu recours aux anabolisants (nandrolone) à une semaine de l'arrivée à Paris, alors que la course évoluait encore dans les Alpes. Il s'agissait donc en l'occurrence d'un traitement qui devait le fortifier à la veille de la dernière semaine, bien davantage que l'absorption d'un médicament destiné à lui donner un coup de fouet dans une étape déterminante. C'est pourquoi, en la circonstance, le terme "doper" peut paraître bien excessif et c'est pourquoi aussi la distinction entre les deux aspects devrait être faite sérieusement par les informateurs."
Jean?Marie Leblanc, journaliste sportif (L'Équipe, le 18 août 1979)
"J'ai gagné à la régulière! Je ne me suis pas dopé. J'ai absorbé des fortifiants (NDLR : amphétamines) sous contrôle médical. Il y a tout de même une différence entre les soins et la drogue."
Désiré Letort, cycliste professionnel, Champion de France en 1967 (déclassé pour contrôle antidopage positif) ("Les grandes heures du cyclisme breton" de Cadiou G. Rennes, éd. Ouest?France, 1981)
"Tous les coureurs prennent des fortifiants au cours de leur carrière. J'en ai pris moi?même, mais il ne faut pas confondre fortifiants et produits dopants. L'organisme humain normalement constitué ne peut pallier une telle multitude d'efforts sans recourir à une compensation sous forme de vitamines."
Eddy Merckx, cycliste professionnel de 1965 à 1978 (L'Équipe, le 23 août 1982)