Silence dans les rangs
Ce petit florilège de déclarations contradictoires montre que cette notion est loin d'être claire pour tout le monde.
"Le sport doit être une source d'épanouissement et non d'asservissement, un moyen de liberté et non de dépendance, une porte ouverte sur la citoyenneté et non une école de tricherie."
Marie?George Buffet, ministre de la Jeunesse et des Sports (La Provence, le 4 mars 1999)
"Le Japon doit apprendre à tirer un maillot, à mettre un coup de coude ou un coup de tête sur un corner."
Philippe Troussier, entraîneur de l'équipe nationale japonaise de football (Le Parisien, le 29 mars 2001)
"Si la triche est quotidienne dans la société, le sport doit avoir la volonté indéfectible de s'en défaire."
Daniel Baal, ex-président de la Fédération Française de Cyclisme (Le Dauphiné Libéré, le 14 mai 1999)
"Ne demandons pas à des jeunes de se comporter mieux que certains dirigeants ou certains commentateurs."
Michèle Alliot?Marie, ex-ministre de la Jeunesse et des Sports, (allocution lors de la traditionnelle cérémonie des vœux en 1995).
"Je ne comprends pas que l'on puisse tricher lorsqu'on fait du sport car se doper, c'est bien entendu une tricherie. Le sport, c'est quelque chose de sincère, de propre. Je me suis toujours demandé ce que pouvait ressentir un athlète victorieux parce qu'il était dopé."
Michel Bernard, ancien athlète de demi-fond, ("La rage de courir" Ed. Calmann?Lévy).
"Non, je ne me considère pas comme un tricheur. J'estime que je fais mon métier du mieux possible. Je considère ça comme un dopage autorisé. Le taux d'hématocrite est fixé à 50 ? Alors, on fait en sorte de rester sous la limite."
Laurent Dufaux (SUI), cycliste professionnel, (L'Équipe, le 28 juillet 1998).
"Ce que j'aimerais dire aux gens, c'est qu'ils considèrent nos coureurs comme des sportifs et non comme des tricheurs."
Marc Biver (SUI), manager des coureurs suisses de Festina.(Le Matin Dimanche, le 2 août 1998).
"Se doper, c'est voler le pain des autres."
Bernard Hinault, cycliste professionnel (France Soir, le 27 avril 1977).
"On est privé de notre droit au travail, on a été mis hors course alors qu'on n'avait rien à se reprocher. On n'a pas triché. Quitter le Tour comme ça, la course qu'on prépare depuis le début de la saison, c'est la pire chose qui pouvait nous arriver."
Laurent Brochard, cycliste professionnel, (Ouest-France, le 20 juillet 1998).
"Nous sommes tous conscients que ceux qui se dopent sont des tricheurs."
Michel Platini (Le Dauphiné Libéré, le 23 octobre 1997).
"J'ai récemment lu un article qui disait que si dans une épreuve d'athlétisme, tout le monde prend quelque chose, il n'y a plus de tricherie, et il n'y a donc plus rien à interdire. Un point de vue intéressant sur cette affaire."
Hein Verbruggen (HOL), président de l'UCI, (Sport 90, le 16 novembre 1988).
"Je prenais des stéroïdes comme tous les autres qui étaient au départ avec moi ce jour?là (ndlr: finale du 100 mètres à Séoul). Nous nous sommes battus à armes égales, il n'y a pas eu de tricherie. Un tricheur contourne les règles pour gagner, ce n'est pas ce que j'ai fait, j'ai suivi les mêmes règles que les autres."
Ben Johnson (déposition devant la commission d'enquête du juge).
"Le champion normand Jacques Anquetil est un exemple rarissime de longévité dans le succès (...) Sa santé est légendaire, son estomac est d'acier, son foie ne lui donne jamais la moindre inquiétude (ndlr: il est mort en 1987 d'un cancer du foie). Alors, il a raison de s'exclamer: Ou je ne me suis jamais dopé, ou je me dope depuis treize ans. Et dans ce cas, vive le doping! Quant à la tricherie, les résultats parlent d'eux?mêmes. Quand un homme domine son sport de façon aussi éclatante, pourquoi aurait?il besoin de tricher?"
Maurice Vidal, directeur du Miroir Sprint (Miroir Sprint n°1040, 9 mai 1966)
Sport & Vie n° 68
Sur le front du dopage