Magazine Sport & Vie > Sport & vie n° 75


Les rafles se suivent et se ressemblent!

A chaque fois que les douanes ou la police saisissent par surprise la pharmacie secrète d'un athlète dopé, on dévoile une réalité du sport tout à fait accablante.
Ce fut le cas en Italie avec la descente des carabiniers sur le Giro en 2001. Ce fut également le cas en France avec l'arrestation de Madame Rumsas. En Belgique aussi, on découvre lentement la vérité à propos de la dernière affaire concernant Frank Vandenbroucke. Rappelons brièvement les faits. Le 27 février dernier, son domicile fait l'objet d'une perquisition policière. On trouve alors un certain nombre de produits interdits qui justifient l'ouverture d'une enquête par le Parquet de Dendermonde (Belgique). Le coureur passe rapidement aux aveux. De ce point de vue-là, il faut bien lui reconnaître une certaine constance: il a toujours déclaré qu'il était impossible de faire ce métier sans prendre toutes sortes d'adjuvants. L'affaire suit logiquement son cours et le 4 juillet, le coureur est condamné à 18 mois de suspension dont 12 avec sursis par la Vlaamse Gemeenschap (Communauté flamande de Belgique) qui détient l'autorité sur son territoire pour ce genre de délit.
Evidemment cette première condamnation ne s'applique qu'en pays flamand. Pour un élargissement au plan national ou international, il faut que la fédération belge relaye la sanction, ce qu'elle refuse de faire au début du mois d'août. Pour elle, les preuves n'existent pas.
Au contraire, Vandenbroucke est innocenté sur la base des résultats d'un contrôle urinaire négatif. On aboutit alors à cette situation stupide d'un coureur qui peut participer au Tour des Régions Wallonnes (dans le sud du pays) mais pas aux Championnats du Monde de Zolder (dans le nord du pays). L'UCI est furieuse. Mais dans le pays, on prend plutôt le parti du coureur. On raconte par exemple que, lors de la rafle policière, on aurait seulement retrouvé trois boîtes de médicaments chez lui (dont deux non ouvertes et une périmée). La faute ne paraît pas bien grave et on s'amuserait même plutôt des explications lâchées mollement par un coureur qui ne se donne même pas la peine de paraître crédible ("c'était pour mon chien"). Plus tard, il affirmera aussi que la possession de ses médicaments exerçait sur lui un bienfait psychologique!
Bref, Vandenbroucke apparaissait plutôt comme une victime de l'acharnement policier jusqu'à ce que, à la fin du mois de septembre, le journal De Morgen révèle que ce n'était pas 3 mais 11 produits dopants que les policiers ont ramenés de leur petite visite au domicile du coureur. Leur liste rappelle l'inventaire donné par le journal L'Equipe du 12 septembre dans l'affaire Rumsas. Lisez plutôt:

- 5 petites fioles de la marque Genotonorm® (somatropina) 2,4 UI (hormones de croissance)
- une dose d’Aranesp® (40µg) et un paquet vide d’Aranesp® (10µg) (darbepoetin alfa)
- un paquet vide et deux paquets entamés de NeoRecormon® 4000 (erythropoïétine)
- 500 grammes de granulés vétérinaires (Ventipulmin) utilisé comme anabolisant (non hormonal) chez le sportif
- clenbutérol
- deux ampoules de chlorhydrate de morphine et une ampoule de Spasma® (chlorhydrate de morphine)
- une ampoule Lanitop®, tonicardiaque à base de digoxine (extraits feuilles de digitale)
- une ampoule de chlorhydrate de Levorenine (épinéphrine qui est le terme anglo-saxon d’adrénaline): utilisé en médecine pour traiter un choc anaphylactique ou allergique.
- une boîte de testostérone
- un nécessaire de mesure de taux d'hématocrite
- une boîte vide de Captagon® (fénétylline, une amphétamine apparentée)
- une boite avec 8 ampoules Natri Chloridum® (chlorure de sodium): diluant ou solubilisant de principes actifs hydrosolubles (peut être utilisé comme masquant en faisant baisser l’hématocrite).
- une boîte de Lasix® (furosemide), un diurétique considéré comme un produit masquant

GG
Sport et Vie n°75
Sur le Front du dopage

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