Magazine Sport & Vie > Sport & vie n° 69


Le pyruvate est à venir

Qu'est-ce que c'est?
Il faut pratiquement avoir fait des études de biochimie pour savoir que cette substance apparaît en fin de la glycolyse juste avant sa transformation en acide lactique qui gonfle les muscles et durcit l'effort.
A priori, on peut donc se demander à quoi rime l'idée de fournir un tel précurseur à un athlète de demi-fond, sinon à lui provoquer des crampes. En fait, le pyruvate n'intervient pas seulement dans la formation d'acide lactique. Avec ses trois atomes de carbone, il se transforme notamment en acétyl?coenzyme A, lequel va quitter le cytoplasme et intégrer le cycle de Krebs à l'intérieur de la mitochondrie. Enfin, il lui arrive aussi d'intégrer une filière qui aboutit à la formation de l'oxalo?acétate (abrégé OAA), une substance qui participe elle aussi au carrousel énergétique. Sans entrer dans trop de détails, disons qu'il se situe à un carrefour métabolique important entre anaérobie et aérobie. D'ailleurs, on a cru à une époque qu'en surchargeant les tissus en pyruvate, on pouvait améliorer la performance à l'effort. L'idée semble avoir été émise une première fois par Stanko en 1990.
Elle est reprise à peu près à la même époque par François Peronnet dans son ouvrage intitulé "Le Marathon". Le pyruvate n'était donc pas un inconnu des milieux athlétiques. En revanche, on s'étonne de le trouver dans un 5000 mètres, une distance qui se court à des allures très élevées avec une part importante des filières anaérobie (+/- 12%). S'agit-il d'une erreur?
A moins que cette prescription de pyruvate par le docteur allemand Pavel Eckhard ne vise d'autres objectifs. Au fil des études, on a en effet prêté de nombreux avantages à la molécule comme celui d'être un combustible de choix pour le coeur ou de favoriser l'amaigrissement. (En revanche, on n'avait encore jamais entendu parler de pyruvate pour soigner un problème de tendinite comme l'a invoqué Saïdi?Sief). De toutes façons, toutes ces études ont été conduites chez l'animal.
Chez l'homme, on n'a jamais pu reproduire le moindre résultat encourageant. Nous avons retrouvé, par exemple, une étude sur une durée de 50 semaines, menée sur des footballeurs américains qui comparaient les mérites respectifs du pyruvate et de la créatine dans le développement de la force. Elle a tourné nettement à l'avantage de la créatine. Des cyclistes furent également mis à contribution dans le cadre d'un autre travail, pyruvate contre placebo, qui s'est soldé sur un match nul. Bref, il s'agit d'un faux ergogène, coûteux et seulement susceptible, en cas d'apports massifs (jusqu'à 25 g/jour) d'occasionner de sévères troubles digestifs. D'un point de vue légal, enfin, ce produit ne bénéficie d'aucun statut et, à partir de là, ne subit aucun contrôle. On ne le trouve pas non plus dans notre alimentation. Il n'est donc pas question de le considérer comme un complément alimentaire.
Il échappe alors complètement aux circuits classiques de distribution et l'on peut très facilement imaginer qu'un fabricant chargé de vendre un produit autant dénué de qualités soit tenté de lui adjoindre quelques stéroïdes ou de l'éphédrine, c'est-à-dire des substances autrement plus efficaces, mais repérables au contrôle. Finalement, c'est toujours la même histoire qui fit récemment plonger Edgar Davids, Ato Boldon, Chistophe Cheval, etc.

Seul le nom des produits change de temps en temps. Et la tête de celui qui pleure!

Sur le front du dopage
SPORT & VIE n°69

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