Le psychologue : une présence essentielle dans la prévention du dopage
Le développement du dopage
Le dopage est un phénomène complexe, qui se nourrit de dynamiques de différents niveaux. Comme nous avons pu le voir au fil des différents articles présentés dans ce numéro, le dopage est le point de rencontre de logiques sociales et de parcours personnels. Cette imbrication de facteurs a permis un libre essor du dopage et le point de vue des personnes favorables au dopage est actuellement plus diffusé que les messages de prévention.
Quand on interroge les sportifs sur leur positionnement par rapport à ce problème, ils regrettent souvent de ne pas être assez informés et les mêmes arguments se répètent souvent : Est-ce vraiment de la triche quand tout le monde est dopé ? Est-il encore possible de gagner autrement ? Pourquoi les sportifs seraient-ils soumis à des contraintes auxquels les autres professionnels échappent ?
La pauvreté des débats révèle de façon criante le peu de place accordé au dopage comme sujet d’information et d’échange dans la vie sportive : le dopage ne se dit pas, il se pratique… et dans la majorité des sports, il n’existe pas, alors pourquoi en parler ?
Face à cet état de fait, il est évident que la prévention a de beaux jours devant elle : le dopage se développe en s’appuyant sur cette absence de parole. Quelle serait sa puissance attractive si le monde sportif prenait la peine et le temps d’informer les pratiquants, de leur permettre d’élaborer et d’échanger leurs points de vue ? On peut espérer que les années à venir nous le diront.
Les dispositifs de prévention existants
La prévention du dopage revient jusqu’à maintenant au Ministère de la Jeunesse et des Sports ainsi que plus récemment à la M I L D T. Sous l’impulsion de la nouvelle Ministre, une politique de prévention se met en place progressivement, elle permet en particulier que le public soit de mieux en mieux informé sur les risques des conduites dopantes (campagnes d’affichage, diffusion des listes de produits à grande échelle, accent mis sur le dopage dans le cadre de la formation aux Brevets d’Etat) voire aidé en cas de difficulté particulière (mise en place du numéro vert Ecoute Dopage 0800 15 2000).
Par ailleurs il existe de nombreuses initiatives locales mises en place par des associations : conférences, séminaires de formation, accueil des sportifs en difficultés.
On peut penser que les nouvelles orientations ministérielles permettront la diffusion de plus en plus large de l’information sur les produits et les risques encourus. C’est un progrès important mais on peut penser que ce n’est pas suffisant. Mettre à disposition l’information est une chose, permettre à chacun de se positionner face à la prise de produits est un travail d’une autre envergure et ce travail passe par la parole, par la possibilité d’échanger et de partager les points de vue, les désirs et les peurs liés aux pratiques dopantes.
Et c’est à ce niveau que le psychologue peut apporter ses compétences.
Le psychologue comme « support » de prévention et de formation
La formation :
La formation des pratiquants et surtout des personnes qui les encadrent (entraîneurs, dirigeants) suppose une connaissance des produits. Cependant elle ne permet pas forcement de préparer chacun aux difficultés qu’il risque de rencontrer plus tard dans l’exercice de sa fonction. Comment les entraîneurs se positionnent personnellement face au dopage ? Sont-ils conscient que certains de leurs comportements peuvent indirectement faciliter la prise de produit ? Quelles seraient leurs réactions s’ils étaient confrontés à des pratiques de dopage instituées dans leur lieu de travail ? Comment pourraient-ils venir en aide à des personnes en difficulté par rapport à la prise de produit ? Comment envisagent-ils l’évolution de leur sport ?
Autant de questions auxquelles chacun doit trouver des réponses qui ne sont écrites dans aucun manuel.
Pour aider les pratiquants et les encadrant à se positionner face aux différents problèmes qu’ils devront gérer, on peut faire appel au psychologue pour mettre en place des groupes de réflexion sur la pratique.
Ces groupes de travail qui réunissent un petit nombre de professionnel sous la houlette d’un psychologue permettent :
- De partager les difficultés que l’on rencontre avec le groupe afin de les dépasser en trouvant des solutions originales et adaptées.
- D’élaborer une connaissance des phénomènes au travers des expériences individuelles.
A l’aide d’un certain nombre de rencontres régulières qui peuvent se faire sur des thèmes précis ou selon la demande, les cadres sportifs disposent là d’un outil de formation continue extrêmement riche. Ce type de travail est déjà présent dans de nombreuses institutions, en particulier médico-sociales. Il gagne à se développer, d’autant plus qu’il existe maintenant en France de nombreux psychologues spécialisés dans les problématiques sportives, dont le dopage.
Le suivi psychologique :
Aujourd’hui, la majorité des structures sportives n’ont pas de psychologues du sport. On pense parfois faire intervenir un psychologue pour des problèmes relationnels ou de contre performances, de façon ponctuelle ; mais face au dopage c’est la présence instituée du psychologue dans la structure qui permettrait de mettre en place une action préventive.
En effet, la présence d’un psychologue dans une institution donne la possibilité à chaque sportif de s’inscrire dans un projet de vie, de disposer d’un espace de parole neutre où il peut s’exprimer librement et élaborer ses propres choix.
Concernant la prévention du dopage, le psychologue peut devenir une aide précieuse, en particulier quand il s’agit de se positionner face à la prise de produit et que celle-ci semble devenir un passage obligé.
Dans ces situations, le sportif, souvent isolé par ailleurs, a dans l’entretien avec le psychologue, la possibilité de relativiser les enjeux et les peurs, souvent fantasmatiques, qui l’entravent dans sa décision. Il peut aussi trouver grâce à la neutralité du psychologue un soutien essentiel quand le choix de ne pas se doper nécessite d’envisager l’arrêt de la pratique et de se tourner vers nouveau projet de vie.
Comme on a pu le voir tout au long de ce numéro, le dopage est avant tout un phénomène psychologique et social. On peut donc penser que le psychologue serait d’un apport non négligeable dans la lutte contre le dopage, il ne tient maintenant qu’aux instances sportives d’avoir la volonté de mettre en place des dispositifs efficaces...
Julie Jean
Languedoc-Roussillon