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Etude intra-individuelle de l’estime de soi
Pr. Grégory NINOT
Laboratoire EA4206 Conduites Addictives, de Performance et Santé, Université Montpellier I
4 Boulevard Henri IV, 34 000 Montpellier
www.performance-sante.fr
gregory.ninot@univ-montp1.fr
Estime de soi, dynamique, instabilité, cross-corrélation, ARIMA, analyses fractales
L’étude du niveau d’estime de soi est une vision très parcellaire de ce concept. Kernis (1993) a travaillé sur l’écart type de séries temporelles comportant 10 observations consécutives d’estime de soi afin de comprendre en quoi son instabilité apportait à la compréhension d’un individu. Seulement, l’écart type ne pouvait pas capturer la dynamique d’un comportement, ni révéler la présence de bruit dans le système ou expliquer son fonctionnement.
La psychologie dynamique proposée par Nowak et Vallacher (1998) permet d’éprouver les hypothèses de fonctionnement entre trait, état et équilibre dynamique de l’estime de soi. Selon cette perspective, l’estime de soi est considérée comme le produit émergeant de multiples systèmes biologiques et psychologiques en interaction. Cette dimension auto-évaluative doit être envisagée comme un paramètre d’ordre rendant compte de l’état momentané d’un système soumis à un ensemble de contraintes endogènes et environnementales.
De récents travaux ont validé des questionnaires brefs évaluant une dimension psychologique avec un item pour l’estime globale de soi (Ninot et al., 2001 ; Robins et al., 2001). Ces instruments procurent un juste équilibre entre les besoins pratiques et les critères psychométriques. La mesure s’effectue à l’aide d’une EVA.
Nos travaux intra-individuels chez des adultes sains montrent des auto-corrélations significatives associées à une baisse progressive des pentes dès le premier décalage. Ce résultat traduit un fonctionnement fondé sur l’histoire à court terme et une évolution non-stationnaire. Le modèle ARIMA de moyenne mobile avec une différenciation sans constante significative a été obtenu. Ce modèle traduit des fluctuations aléatoires autour d’une valeur locale évoluant lentement (ajustement dynamique). Le système n’est pas hermétique au changement, mais produit un comportement rigide cherchant à ne pas subir l’impact en le minimisant et en s’appuyant fortement sur la valeur précédente. Ce modèle a été retrouvé chez tous les adultes sains étudiés sur des périodes allant d’un mois à une année et demi (Fortes et al., 2004 ; Ninot et al., 2004 ; Ninot et al., 2005). Ce résultat amène à penser que ce n’est pas le niveau d’une dimension psychologique qui est stable mais sa manière d’évoluer dans le temps. C’est paradoxalement dans sa dynamique qu’une permanence a pu être mise en évidence. Le niveau n’est que le reflet momentané d’un système complexe en train de s’adapter à des contraintes endogènes et exogènes.
Afin d’explorer les corrélations à long terme et affiner la dynamique, des analyses fractales des séries temporelles d’estime de soi comprenant 1024 observations ont été utilisées. Il a été mis en évidence un bruit spécifique nommé bruit rose ou 1/f (Delignières et al., 2004). Ce comportement fractal est généralement admis comme le signe d’un système complexe composé de multiples éléments en interaction. Il traduit le fonctionnement d’un système adaptatif, jeune et en bonne santé, résultat largement démontré en biologie. Ce résultat confirme l’hypothèse d’une estime de soi envisagée comme le produit d’un système complexe présentant des auto-corrélations à long terme. Ces irrégularités témoignent d’un système robuste, adaptable et tolérant notamment face à l’imprévisible. L’émergence d’un tel processus est la signature typique d’un système complexe à l’état métastable, autrement dit loin de l’équilibre.