Le procès Festina
23 octobre 2000
Ouverture du procès.
24 octobre 2000
Richard Virenque change de stratégie et avoue timidement s’être dopé. Il précise qu’il n’a pas triché par rapport au train qui était en marche : « j'étais le mouton, si on me sortait du troupeau j'étais fini ».
Puisqu’il qu'il a avoué s’être dopé, Richard Virenque ne peut plus être poursuivi pénalement sauf s'il s'avère qu'il a poussé les coureurs de Festina à se doper également. En revanche, il encourt six mois à un an de suspension selon le règlement de l'UCI.
25 octobre 2000
Pascal Hervé, dernier à nier s'être dopé, avoue finalement : « je vais donner des aveux puisque ça va soulager tout le monde: oui je me suis dopé ! (…) Je ne l'ai pas dit parce que je voulais que tout le monde le dise, pas seulement les neuf couillons qui se sont fait pincer au Tour de France. »
L’avocat de Willy Voet, Me Jean-Louis Bessis conteste la présence au rang de victimes de sept des neuf parties civiles, dont l'Union cycliste internationale (UCI), la Fédération française de cyclisme (FFC), la Société du Tour de France, la firme Festina et le coureur Pascal Hervé. Selon l’avocat ce sont eux, à des titres divers, « les premiers bénéficiaires du dopage ».
26 octobre 2000
Jeff d’Hont, soigneur de l’équipe cycliste la Française des Jeux, continue de nier farouchement tout ce que les autres révèlent.
Erwan Menthéour et Thomas Davy décrivent l’ampleur des pratiques du dopage dans le cyclisme.
Des experts font la description scientifique du programme de dopage établit dans l’équipe cycliste Festina. Selon les experts, même les médicaments autorisés ne sont pas là par hasard : « mais pour soigner les effets secondaires nocifs des substances dopantes. »
27 octobre 2000
D’autres experts, comme Antoine Vayer, ancien entraîneur de Festina, témoignent des performances surhumaines réalisées dans le vélo : « Si on considère qu'un VO2max de 85 est exceptionnel, j'en ai vu dépasser allègrement les 90. Humainement, c'est impossible. (…) Sur le Tour de France 1999, et nous sommes sûrs de nous, Lance Armstrong (l'Américain, vainqueur de l'épreuve) a développé 45O à 455 watts pendant plus d'une heure sur le contre-la-montre. Dans la montée de Hautacam, soit une montée de col en fin d'étape, la même année, le même coureur développait plus de puissance au sommet qu'au pied de la difficulté. (…) C'est comme les coureurs de marathon espagnols qui augmentaient la cadence tous les cinq kilomètres au lieu de donner des signes d'usure, comme leurs prédécesseurs. »
Le Pr Michel Audran, expert du dépistage de l'érythropoïétine (EPO), a détaillé les effets de cette substance. Il a expliqué qu’elle permettait d’améliorer significativement les performances notamment au niveau de la VO2max et affirmé que son usage abusif laissait craindre le pire pour la santé et même l'espérance de vie de ceux qui y recourent.
30 octobre 2000
Audience suspendue.
31 octobre 2000
Hein Verbruggen, président de l'UCI est auditionné pendant cinq heures. Il reconnaît l’usage généralisé du dopage dans le cyclisme mais ne se sent pas responsable de la situation : « Je ne me sens nullement coupable, nullement responsable si un coureur se dope, si un soigneur transporte des produits…».
Malgré, les dénégations de Hein Verbruggen, il apparaît que l’UCI n’a pas lutté avec beaucoup de vigueur contre le dopage. Le budget annuel consacré à la « lutte » était l’équivalent du budget de l’équipe Festina consacré au dopage, soit 400.000 francs. Lors de cette journée d’audition est également apparu un manque flagrant de collaboration entre la communauté scientifique qui œuvre dans la détection des produits et les autorités du cyclisme.
02 novembre 2000
Daniel Baal, président de la FFC et vice-président de l'UCI est auditionné. Malgré sa sincérité passionnée, Daniel Baal apparaît comme quelqu’un d’indisponible et d’incompétent pour lutter efficacement contre le dopage.
03 novembre 2000
La parole est donnée aux avocats des parties civiles. Richard Virenque est globalement épargné par leurs élocutions.
En déplorant un préjudice en terme d'image subi par Festina, dont « le nom a été associé au dopage », l’avocat de la firme horlogère, Me Arnaud, s’attache à démontrer les responsabilités d’organisateur du dopage dans l’équipe de Bruno Roussel et du Dr Rijckaert (absent du procès pour raisons de santé) : « Bruno Roussel n'est pas du style potiche et a exercé à l'évidence son pouvoir de directeur de la société. (…) Il s'est entouré d'un savant qui s'est avéré être un docteur dangereux (…) On ne voit pas ce qui peut caractériser un ascendant de Virenque au sein de l'équipe ».
Me Paul Mauriac, avocat de la Fédération française de cyclisme (FFC), a , lui, été plus sévère à l’égard de Richard Virenque : « il nous a prodigieusement agacé pendant plus de deux ans [en n’avouant pas s’être dopé]. (…) Dire qu'être dopé c'est être positif revient à dire qu'être un voleur c'est être pris la main dans le sac. (…) C’est une attitude amorale ».
Me Martial qui défend Brochard et Hervé avec Me Collard ne veut pas que l’on considère Willy Voet comme un simple « lampiste » dans cette affaire : « Comment peut-on pleurnicher sur le compte d'un homme de 55 ans qui s'est bourré d'amphétamines pendant trente ans et se dit aujourd'hui victime des jeunes coureurs ? ».
Me Philippe Verbiest, avocat de l'Union cycliste internationale (UCI), a lui aussi épargné Richard Virenque en remarquant que les prévenus étaient poursuivis pour avoir dopé les autres et non pour s'être dopés et que « MM. Voet et Roussel ont usé de toute leur inventivité pour mettre en place un dopage organisé et contourner les contrôles ».
Me Pierre-Yves Couturier, avocat de l’équipe espagnole ONCE, s’est défendu des accusations de dopage suspecté par la justice française après les déclarations du coureur suisse Alex Zuelle : « Plus de 500 contrôles ont été effectués sur les coureurs de l'équipe, et aucun n'a jamais été déclaré positif ».
06 novembre 2000
Le premier procureur adjoint, Gérald Vinsonneau demande des peines de prison avec sursis parfois assorties d’amendes contre :
Bruno Roussel, l'ex-directeur sportif de l'équipe Festina :18 mois de prison avec sursis et 50.000 francs d'amende.
Willy Voet, l’ancien soigneur : 14 mois de prison avec sursis et 20.000 francs d'amende.
Joël Chabiron, ancien chargé de communication chez Festina : un an de prison avec sursis.
Jeff d'Hont, ancien soigneur de l'équipe de la Française des Jeux : un an de prison avec sursis.
Jean-Marie Dalibot, ancien soigneur de Festina, «double» de Willy Voet : huit mois de prison avec sursis.
Christine Paranier, pharmacienne à Veynes (Hautes-Alpes) : six mois de prison avec sursis.
Eric Paranier, comptable de l'officine : quatre mois de prison avec sursis
Nicolas Terrados, médecin espagnol de l'équipe ONCE : deux mois de prison avec sursis.
Rien n’est requis contre Richard Virenque. Gérald Vinsonneau estime que « le reproche fait à Virenque d'avoir été le complice de l'organisation d'un trafic de produits dopants chez Festina ne résiste pas à l'examen des faits ».
A partir d’un calcul basé sur les achats présumés de dopants entre 1995 et 1998, l’administration des douanes réclame à chacune des équipes cyclistes Festina et ONCE la somme de 1,2 million de francs en compensation du préjudice subi.
Selon Me Boussier, la somme devra être versée solidairement par willy Voet, Bruno Roussel, Joël Chabiron et Jean-Marie Dalibot pour l'équipe Festina et par le seul Dr Terrados pour l’équipe ONCE.
07 novembre 2000
Fin du procès. Le jugement sera mis en délibéré le 22 décembre à 14h00.