Magazine Sport & Vie > Sport & vie n° 70


Portrait-robot du tricheur

L'immense majorité de ceux qui se font pincer au contrôle jurent aux grands Dieux de leur innocence, et, lorsqu'on est étranger au milieu de la compétition, il est très difficile de discerner le vrai du faux.
Avec le recul, on apprend néanmoins à distinguer les grosses ficelles du métier. Méfiance, par exemple, lorsqu'on fait le coup de la bouteille empoisonnée. C'est un grand classique utilisé dès 1966 lors des tout premiers contrôles positifs qui faisaient suite à l'adoption de la loi anti-stimulants votée le 1er juin 1965.
Celle-ci prévoyait que la sanction ne tomberait que dans l'hypothèse où l'acte de dopage était accompli sciemment. Un avocat avait tout de suite trouvé la faille et conseillait aux cyclistes épinglés d'affirmer que, sur le bord de la route, un spectateur leur avait passé un bidon dont, bien sûr, ils ignoraient la provenance et que c'était cette boisson ingurgitée qui était responsable de la présence dans leurs urines de la substance interdite.
Effectivement, cette tactique a bien marché puisqu'ils n'ont pas été sanctionnés par la Justice. Trente-cinq ans plus tard, on se sert encore et toujours de la même explication et, si elle ne suffit pas toujours à éviter les sanctions, elle a au moins le mérite de préserver sa respectabilité auprès des plus aveugles des supporters. Mais il y a d'autres lieux communs de la même espèce.
Par exemple, on peut se répandre sur l'injustice qui est faite à l'athlète de ne pas pouvoir se soigner correctement et on enchaîne avec des grandes tirades sur le mode "Où commence le dopage?" Alors, c'est vrai que la frontière entre médecine et dopage peut paraître parfois très floue.
Mais, après 30 ans passés à observer attentivement le phénomène du dopage dans le sport, je constate que tous ceux qui tiennent ce discours sont adeptes des béquilles chimiques de la performance; tandis que les purs ne s'interrogent jamais sur la frontière entre soins et dopage. Intuitivement, ils savent parfaitement que les épinards sont des aliments et que les amphétamines sont des dopants.
Une troisième attitude dénote à coup sûr le fraudeur pathologique: elle consiste à refuser systématiquement d'aborder le sujet ("pour ne pas salir le sport") ou encore de renvoyer son interlocuteur aux résultats des ses tests ("tous mes contrôles sont négatifs, cela prouve bien que je ne suis pas un dopé").

A chaque fois qu'on vous sert ce type d'argument, méfiance!


Dr.JPdM

SPORT ET VIE N°70
Sur le front du dopage

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