Magazine Sport & Vie > Sport & vie n° 71


Portrait-robot du président

Ainsi, un dirigeant digne de ce nom ne considérera jamais que son sport est gravement contaminé par un fléau: corruption, triche, morbidités, magouilles et bien sûr dopage. C'est tout juste s'il consent parfois à faire un peu de prévention. "Nous allons organiser une table ronde", déclare-t-il de façon sentencieuse. "Nous allons organiser des assises sur le dopage". Comme si cela pouvait tout résoudre. Et, lorsqu'il est confronté à une sale affaire, il botte en touche. Rappelons qu'au début du Tour 1998, alors que la douane venait de pincer Willy Voet avec tout un arsenal de produits dopants, le président de la Fédération Française de Cyclisme de l'époque (peu importe son nom, car ils ont tous le même comportement dans ce genre de situation) expliquait calmement au journaliste du Figaro?Magazine: "L'affaire Festina ne s'est pas produite sur le Tour, elle n'a pas de lien direct". Sous entendu: qu'est-ce que le cyclisme a à voir avec le fait que le soigneur de Richard Virenque se promène en France avec une cargaison de substances pharmaceutiques?

Deux ans plus tard, en avril 2000, dans l'affaire dite de Perpignan, de démantèlement d'un large réseau, ce président nous expliquait encore: "Que l'on ne se trompe pas: dans cette affaire, nous sommes bel et bien face à un juteux trafic de produits stupéfiants, c'est?à?dire de drogues. Nous sommes dans la délinquance pure et dure. Cela n'a plus rien à voir avec le cyclisme. Face à cela, nous, fédé, nous sommes impuissants."
Sous-entendu: il ne faut pas croire que les médicaments interceptés dans cette enquête (corticoïdes, EPO, anabolisants, amphétamines et pot belge) ont un lien quelconque avec la participation à nos épreuves. D'autres sont encore plus culottés. "Dans notre sport, le dopage ne sert à rien", disait encore récemment le président de la Fédération internationale de football, Sepp Blatter.
La question est alors de savoir si ces dirigeants croient réellement à leurs fadaises? Probablement pas. Mais ils se sentent sans doute obligés, par leur fonction, de marteler un message rassurant et de faire croire que le fléau se marginalise. Pour cela, ils se retranchent derrière des statistiques, comme n’a pas hésité à le faire l'UCI: "Regardez les contrôles, c'est notre fédération qui a les plus faibles taux de sportifs positifs".
Ou alors ils mettent en avant leurs efforts pour regagner un peu de crédibilité: "aucune fédération internationale ne fait autant que nous pour assainir son univers et redonner à ses athlètes l'image qu'ils méritent". (Fédération internationale d'haltérophilie IWF).
Voilà le discours. Seulement les deux choses ne vont pas toujours de pair. Dans bien des situations, soit on "assainit l'univers", soit on se préoccupe de "l'image qu'on mérite".
Jusqu'à présent, les dirigeants ont surtout été actifs sur le deuxième tableau.


Dr JPdM
SPORT ET VIE N°71
Sur le Front du Dopage

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