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Parité de l'hématocrite

Pourquoi une telle différence? A priori rien ne l'explique. Les femmes et les hommes possèdent les mêmes outils enzymatiques pour produire de l'hémoglobine.

Leurs mitochondries sont aussi performantes et la production naturelle d'erythropoïétine équivalente. Pourtant, on relève systématiquement, chez les femmes, des paramètres sanguins revus à la baisse, qu'il s'agisse d'hématocrite mais également du taux d'hémoglobine, de ferritine ou du nombre de globules rouges.
Ce phénomène, admis comme une évidence dans la communauté scientifique, explique pourquoi, lorsqu'il a fallu adopter une nouvelle règle pour contenir l'abus d'erythropoïétine chez les sportives, on a naturellement abaissé de trois points le seuil de référence masculin. Tout cela ne prêtait guère à discussion jusqu'à ce que récemment un chercheur britannique remette tout en questions.
Le Docteur Hugh Rushton de Portsmouth ne conteste pas que les femmes présentent en moyenne des normes plus basses; mais celles-ci ne seraient pas dues à quelques mystérieuses différences intersexuelles. Elles résulteraient plutôt d'une carence en fer quasiment généralisée dans la population féminine en raison principalement des pertes de sang menstruel.
Dans un article paru début juin dans le British Medical Journal, il expose son hypothèse avec brio. D'abord, il remarque qu'une différence dans les paramètres sanguins des hommes et des femmes n'apparaît qu'après la puberté et qu'elles s'estompent une dizaine d'années après la ménopause. Il existerait donc bien un lien direct avec les règles.
Certes, on ne trouve pas trace d'une telle relation chez les grands singes dont les femelles sont pourtant soumises elles aussi aux cycles menstruels.
Mais Rushton explique cela très bien. En fait, les femmes d'aujourd'hui multiplieraient les risques de carences avec des saignements plus abondants liés à une maturité sexuelle plus précoce, moins de grossesses et des périodes d'allaitement raccourcies. L'alimentation joue également un grand rôle. Mais là encore, le déficit est quasiment systématique. L'auteur estime ainsi que 90% des femmes britanniques en âge de procréer ont des apports journaliers en dessous des recommandations des nutritionnistes (soit 14,8 mg). Elles mangent assez rarement du foie, du pigeon, du boudin, des huîtres, de la farine ou des germes de soja (principales sources de fer).
En revanche, elles consomment en grandes quantités des aliments qui bloquent l'assimilation du fer: laitages, céréales, café, thé. Bref, l'auteur dénonce l'instauration de règles établies sur base d'enquêtes biaisées et propose de reconsidérer les critères en suivant les normes masculines.
On s'apercevrait alors que l'anémie est encore plus répandue qu'on ne l'imaginait alors qu'on estime qu'elle touche déjà environ un demi?milliard de personnes sur terre. Dans le domaine du contrôle de l'hématocrite, il paraît ainsi plutôt logique d'aligner le taux d'hématocrite pour les deux sexes. Mais dans quel sens? Doit-on élever le seuil des femmes ou abaisser celui des hommes? De l'avis des experts, le chiffre butoir des femmes devrait parfaitement convenir pour tout le monde. N'oublions tout de même pas qu'on s'adresse ici à des athlètes en superforme pris au lever du jour.
Or l'entraînement contribue à abaisser l'hématocrite et on ne souffre jamais de sévère déshydratation au réveil. D'ailleurs, depuis l'instauration des prises de sang matinales en 1997, l'hématocrite moyen, qui était de 45,4% chez les cyclistes n'a fait que décroître pour être à 44,3% en 2001. Encore quelques années et on retrouvera sans doute les valeurs qui étaient courantes dans le peloton avant 1988, date de l'apparition de l'ÉPO, soit un modeste 43,5%.

Dr JPDM
Sur le front du dopage
SPORT & VIE n°69

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