Les parents terribles
Les cas de maladies congénitales sont pourtant relativement fréquents chez les enfants des champions de la seringue. Mais on hésite à aborder publiquement un sujet porteur d'autant de souffrances et de culpabilité.
Au bout du compte, les témoignages sont rares, voire inexistants, si l'on excepte celui de la nageuse est?allemande Christiane Knacke. Dans un entretien avec le quotidien Kronenzeitung, elle relate la maladie de sa petite fille, hospitalisée pendant dix?huit mois, pour des troubles post-natals vraisemblablement dus aux traitements subis tout au long de sa carrière sportive.
Christiane Knacke a déclaré qu'en RDA, les sélectionnables pour les Jeux olympiques étaient systématiquement dopés -ce que l'on savait- et qu'elle l'était elle-même, en 1977, lorsqu'elle fut la première femme à descendre sous la minute au 100 mètres papillon (59 sec. 78/100).
Enfin femme... A l'époque, elle avait quinze ans!
Au passage, on comprend que ce type de révélation est plus facile à faire lorsqu'on se retrouve soi-même, à peine sortie de l'enfance, l'objet d'une véritable exploitation athlétique, plutôt que pour un adulte qui a sciemment choisi de recourir aux produits interdits, privilégiant les défis du moment au souci des conséquences lointaines.
Car la majorité des sportifs de haut niveau connaissent intuitivement les risques que le dopage fait courir à leur progéniture. Il y a quelques années, j'ai eu l'occasion de demander à un coureur cycliste, toujours en activité, s'il avait conscience de s'abîmer la santé en consommant toutes sortes de produits interdits. Sa réponse ne laissait planer aucune équivoque: "j'ai déjà fait mes gosses!".
Sport & Vie n° 68
Sur le front du dopage