Les ongles bavards
Certes, on n'a jamais vu des commissaires examiner les mains des coureurs après une arrivée houleuse. Mais cela pourrait bien arriver!
Des chercheurs britanniques ont développé une technique fondée sur l'analyse des ongles pour mettre en évidence les traces de substances interdites: héroïne, cannabis, amphétamines, cocaïne, etc. Les ongles ont en effet la mémoire longue. Ils fixent les substances étrangères par contact avec l'alimentation sanguine au niveau de la matrice, c'est-à-dire la partie vivante de l'ongle située sous la peau.
Ces substances se trouvent alors irrémédiablement emprisonnées dans la kératine. Compte tenu d'une croissance unguéale assez lente (entre 2 et 5 millimètres par mois), on peut remonter jusqu'à un an en arrière. En ce sens, les ongles sont de meilleurs indices que le sang ou l'urine qui ne révèlent que les administrations récentes et aiguës (mis à part quelques stéroïdes anabolisants pris par voie injectable). Autre avantage: la databilité de la prise de produits est facile à établir à condition, bien sûr de tenir compte de quelques règles assez simples.
Ainsi les ongles des doigts poussent plus vite que ceux des orteils (3 à 5 fois plus vite). Chez un droitier, les ongles du côté droit poussent plus vite qu'à gauche (l'inverse est vrai pour un gaucher). La chaleur accélère aussi la croissance, ce qui fait que les ongles grandissent surtout pendant l'été. Enfin, plus un doigt est long, plus l'ongle pousse vite. Bien entendu, chaque partie de l'ongle représente une période de consommation. Le bord libre révèle l'exposition la plus ancienne, la lunule la plus récente. Pour diagnostiquer un éventuel empoisonnement, les médecins légistes étudient l'ongle, après arrachage, dans toute sa longueur. Evidemment, ce ne serait pas le cas d'un test antidopage.
Seul le bord libre serait éventuellement accessible aux contrôleurs. Ce test ne saurait donc convenir pour prendre les dopés sur le fait. En revanche, il serait très précieux pour révéler une exposition chronique.
Dr JPDM
Sur le front du dopage
SPORT & VIE n°69