La neige éternelle
Parfois, on différencie même la dépendance chimique qu'induirait la première, de la dépendance seulement psychologique de la seconde. Cela ne veut évidemment rien dire! Comme toutes les drogues, la benzoylecgonine -nom chimique de la cocaïne- piège très facilement ses consommateurs. Dès la première prise, elle marque l'individu en raison de son action spécifique sur les synapses des zones cérébrales impliquées dans les processus de mémoire et d'apprentissage. On joue aussi sur la motivation, ce qui en fait un dopant très efficace dans la plupart des disciplines. Efficace mais dangereux!
"Une seule dose de cocaïne détourne un mécanisme cellulaire impliqué dans un processus normal d'apprentissage et d'adaptation", explique le Docteur Antonello Bonci en conclusion d'une étude publiée dans le numéro de Nature du 31 mai dernier. "Cela aide à expliquer la capacité de la cocaïne à prendre le contrôle du système de conditionnement/motivation et à produire des comportements de recherche de drogue". Dans cet article, Mark Ungless (Université de Californie à San Francisco) et ses collaborateurs démontraient que, du fait de la plasticité des neurones, la consommation de cette drogue entraînait très rapidement un remodelage cellulaire. En clair, la cocaïne transforme le cerveau. Ces modifications ont été mises en évidence chez des souris et des rats. Un phénomène similaire existerait aussi chez l'homme, ce qui expliquerait la rapidité de l'addiction et donnerait une base biologique aux rechutes tellement fréquentes. La cocaïne porte bien son surnom de "neige": elle tombe vite et fond lentement.
Dr JPDM
Sport & Vie n° 68
Sur le front du dopage