Méthode champenoise
Le procès des responsables d'un réseau du dopage en Champagne vient d'avoir lieu au Tribunal de Grande Instance de Reims, avec la condamnation des principaux protagonistes, tous des cyclistes impliqués à des degrés divers pour consommation ou revente de produits dopants, parmi lesquels des amphétamines, des corticoïdes, de la cocaïne, de l'héroïne et des fioles du fameux "pot belge".
Celui qui a écopé de la peine la plus sévère s'appelle André Delrue.
C'est un Belge (39 ans) qui n'était pas présent au moment du procès et qui se trouve actuellement sous le coup d'un mandat d'arrêt international. Jugé par défaut, il a été condamné à 4 ans de prison ferme. Philippe Boyer (46 ans) a pris deux ans, dont un avec sursis. Son nom ne vous est peut-être pas étranger. Champion de France amateur à plusieurs reprises et même vice-champion du monde du kilomètre en 1985, il faisait partie du pool France des pistards. Cette condamnation marque une nouvelle étape dans sa carrière de pourvoyeur.
Il avait déjà été épinglé en 1990 lors d'un contrôle de douane à Arras dans le Nord, avec un chargement d'amphétamines, puis condamné dans une affaire similaire à Poitiers en mai 2001. Pas mal pour un gardien de la paix! Enfin, le Nordiste Philippe Bertaut (51 ans) s'en sortait avec une peine d'un an de prison avec sursis et André Cordelette (39 ans) écopait du double, mais toujours avec sursis. C'est d'ailleurs lui qui se trouvait à l'origine de ce grand démantèlement. Deux ans auparavant, il avait été hospitalisé dans un état grave au CHU de Reims parce qu'avant de participer à une course de la région, il s'était injecté un mélange d'amphétamines et de caféine. On avait retrouvé le produit dans une fiole d'analgésique au nom d'un laboratoire qui a ensuite porté plainte pour "détournement d'image". Le SRPJ de Reims avait pu ensuite remonter toute la filière jusqu'au Benelux et interpeller six coureurs: trois Marnais, un Ardennais, un cycliste originaire de l'Aisne et un du nord de la France. A l'audience, très vite, deux groupes se sont formés. D'un côté, les consommateurs qui semblaient motivés par l'ambition sportive, de l'autre, les pourvoyeurs qui agissaient plutôt par lucre.
Les avocats des premiers cherchaient évidemment à forcer le trait pour bénéficier de la clémence de la loi française envers les consommateurs et pour rejeter toute la faute sur les dealers. Ils furent partiellement entendus par la Justice, même si la réalité de cette affaire démontrait surtout que les rôles et les responsabilités étaient parfois difficiles à cerner entre sport et toxicomanie.
Dr JPdM
Sport et Vie n°73
Sur le Front du Dopage