Les hommes d'appareil
Prenez la fédération internationale de triathlon (ITU). Son secrétaire général, Mark Sisson, est à la fois responsable de la politique antidopage et, dans le civil, patron d'une boîte spécialisée dans la vente par correspondance de suppléments nutritionnels, c'est-à-dire des produits du type de ceux qui sont régulièrement incriminés dans les affaires louches. Autre exemple édifiant: celui de Mario Pescante, repris dans le gouvernement de Berlusconi au poste de Chargé des biens culturels dont dépend le sport italien. Or il faut se rappeler que cet ex-président du Comité Olympique Italien avait dû démissionner après les révélations sur l'inorganisation de la lutte contre le dopage en Italie. Les tests n'avaient aucune pertinence -par exemple, on ne recherchait pas les anabolisants chez les footballeurs- et les rares résultats positifs étaient systématiquement enterrés. Les dossiers eux-mêmes disparaissaient comme par enchantement, ce qui a valu à Pescante une mise en examen finalement abandonnée pour dépassement du délai de prescription. Voilà le genre de bonhomme que l'on retrouve désormais à la tête du sport italien! Résultat des courses: le juge Soprani qui enquêtait sur le CONI a mystérieusement été muté au Tribunal pour enfants de Bologne. La commission antidopage mise en place après les révélations de corruption a été dissoute après l'aveu d'une prise d'hormone de croissance par 61 des 538 représentants italiens à Sydney. Quant aux 16 magistrats qui continuent d'enquêter sur le dopage dans les grandes villes italiennes, ils se heurtent à toutes sortes de difficultés administratives. Ainsi, on attend toujours les décrets d'application de la nouvelle loi contre le dopage que le gouvernement n'a pas l'air pressé d'établir. De toutes façons, Berlusconi nous avait prévenus: "le dopage, c'est une invention de la gauche!"
Sport & Vie n° 68
Sur le front du dopage