Historique d’un progrès médical et d’un détournement sportif
1977 : L’EPO est extraite des urines à raison de 10 mg pour 2250 l.
1983 : Le laboratoire californien Amgen se lance dans la production industrielle d'EPO de synthèse.
1984 : A cette époque, le monde du sport ne s'intéresse pas encore beaucoup à l'érythropoïétine et à ses usages possibles dans le sport, l'idée d'améliorer la performance en augmentant l'oxygénation du sang est un principe de dopage qui existe déjà depuis longtemps. On peut estimer qu’il est né aux alentours de l’année 1968 date des Jeux olympiques de Mexico. A cette période, on s’est aperçu que les entraînements sportifs en altitude permettaient de stimuler la fabrication de globules rouges. Mais ces stages étant longs et n’entraînant des effets que de courte durée, les sportifs ont rapidement eu recours aux transfusions sanguines (années 70) puis aux autotransfusions (années 80).
1985 : Isolation et clonage du gène humain de l'EPO. Cette découverte scientifique est comparable à celle de l'insuline.
1988 : Le laboratoire Amgen met sur le marché l'érythropoïétine recombinante humaine ( rhu Epo). Les premières ampoules détournées d'EPO commencent à circuler dans le sport italien. Il faut, au passage, noter que les laboratoires, quels qu'ils soient, ne fabriquent pas industriellement des produits dopants à usage des sportifs mais des médicaments en vue de soigner des maladies. L'idée générale selon laquelle il existerait des labos fabriquant des produits dopants est totalement fantasmatique et donc fausse...
1989: Commercialisation de l'EPO (Eprex, érythropoïétine alpha) en France.
1990 : Les cyclistes italiens dominent toutes les épreuves sans partage : ils pédalent plus vite, plus longtemps et semblent moins fatigués.
1991 : Des scientifiques commencent à expérimenter les effets de l'érythropoïétine sur des sportifs. Les premiers résultats du scientifique Bjorn Ekblom sont catégoriques : la performance sportive est améliorée de 10 à 20% !
Le laboratoire Roche commercialise le NéoRecormon ( érythropoïétine bêta).
1994 : Le secret italien apparaît au grand jour : l’EPO est évoqué dans le cyclisme et on commence à mieux comprendre certaines victoires écrasantes comme celle de l’équipe “ Gewiss ” qui rafle tout sur son passage et classe trois de ses coureurs (Moreno Argentin, Giorgio Furlan et Evgeny Berzin) sur le podium de la classique Flèche Wallonne : une première ! Le préparateur physique de cette équipe, Michele Ferrari reconnaît alors innocemment que ses coureurs utilisent de l'EPO mais que cette substance n'est pas plus dangereuse que 10 litres de jus d’orange !
1996 : L’utilisation de l’EPO se généralise dans le cyclisme : la suspicion entre les équipes aussi. Bjarne Riis, pourtant “ ancien porteur de bidons ” écrase le Tour de France en accomplissant des performances surhumaines. Le peloton le surnomme alors “Monsieur 60%” en raison de son taux d’hématocrite anormalement élevé (c'est à dire le pourcentage de globules rouges pour 100 ml de plasma. Un hématocrite normal est d'environ 45% : soit 45ml de globules rouges pour 100 ml de plasma). C’est un indicateur potentiel du dopage à l'EPO. D’après les experts, les sportifs d’endurance ont un taux d’hématocrite naturellement bas : entre 42 et 45%, le reste de la population a un taux qui oscille entre 40 et 55%).
1997 : Le premier janvier 1997, l’UCI fixe le taux d’hématocrite à 50% : au-delà de ce seuil, le sportif n’est pas considéré comme dopé mais se voit infligé un arrêt de travail de 15 jours pour raison de santé ! Cette mesure ne dissuadera personne car, d’une part, les équipes ont trouvé d'excellentes parades, comme l'utilisation de solutions salines en perfusion, destinées à faire baisser l'hématocrite : “quand le seuil a été fixé à 50%, nos coureurs n'ont jamais été inquiétés car leurs taux tournaient aux alentours de 53% et nous savions faire baisser ces chiffres de quatre points en vingt minutes ” explique Willy Voet, ancien soigneur de Richard Virenque chez Festina, et, d’autre part, certains affirment que “ le contrôle du taux d'hématocrite, c'est presque comme l'égaliser l'EPO ” car finalement, cela incite ceux dont le taux d'hématocrite est bien en dessous de la moyenne à flirter avec les limites.
1998 : L’affaire Festina dévoile la banalisation du dopage et de l’utilisation de l’EPO dans le cyclisme.
Ce petit historique retrace surtout le détournement de l’EPO dans le monde du cyclisme mais il ne faut pas être dupe et savoir que tous les sports qui nécessitent de l’endurance ont été et sont encore concernés par l’utilisation de cette hormone. Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas du dopage dans une discipline que celle-ci n’est pas touchée. Finalement, parler et aborder ces problèmes de dopage peut être une chance pour le monde du cyclisme. Saura t-il l’exploiter ?