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4/ Essai de typologie des usages

À travers ce bref passage en revue des différents usages de produits psychoactifs rencontrés dans les activités sportives institutionnelles, on peut distinguer des logiques fort différentes.

· Les produits psychoactifs peuvent fonctionner comme désinhibiteurs sans que le sport perde sa propre fonction de libération des émotions. Dans ce cas, souvent, la valeur accordée à l’exercice sportif est plus proche du ludique que de la performance et mêmes si les consommations sont régulières, voire quotidiennes, elles restent modérées et correspondent à des temporalités précises de la vie quotidienne.

· D’autres usages prennent la forme d’excès de produits psychoactifs, parfois ponctuels, parfois prolongés, qui suivent les temporalités de l’exercice. Ces excès sont considérés comme normaux et sont relativement admis dans le milieu sportif, quelle que soit leur intensité. Ces usages sont aussi clairement liés à la décompression. Mais ici, comme l’exercice sportif est plus intense et peu propice à la libération des émotions, les produits psychoactifs apparaissent comme un des médiateurs possibles de cette libération.

· Certains usages encore ont clairement une valeur de dopage : il s’agit de faire mieux que ce que l’on devrait faire quelle que soit la situation : manque de préparation, blessure, stagnation des résultats, volonté de passer à un niveau supérieur.

· Enfin, on trouve des usages toxicomaniaques qui prennent place lorsque la gratification disparaît, pendant ou à la fin de la carrière sportive.

Comment arriver à donner sens et forme à ces usages ? On voit bien qu’ils correspondent à différentes positions dans la gamme des activités sportives et qu’entre la libération des émotions et l’intensité des pratiques se joue un arbitrage subtil qui fait varier les usages. Il serait inutile de spécifier ceux-ci en fonction de critères médicaux ou en déterminant des niveaux de risque (On pense bien sûr au rapport Parquet où ils sont classés en usage simple, usage nocif ou abus, dépendance.

P-J Parquet, « pour une politique de prévention en matière de comportements de substances psychoactives », Rapport au Ministre de la Santé, dact., Juin 1997.). Si l’on veut comprendre quelles sont les logiques de ces usages, il est nécessaire de les classer en fonction des effets recherchés par l’usager lui-même. Les définitions ou les catégorisations que donnent certains chercheurs peuvent alors nous servir de soubassement, même s’ils ne se réfèrent pas à des activités sportives.

Ainsi, Alain Ehrenberg a proposé de retenir « trois lignes de pratique qui ne recoupent pas entièrement la distinction drogues dures / drogues douces, car elles peuvent s’investir dans n’importe quel produit : celle du trou noir, de la sociabilité et du dopage (un joint avant l’école, un fix avant le travail) » (A. Ehrenberg, L’individu incertain, Paris, Calmann-Lévy, 1995, p. 132.). Pourtant, cette partition ne me semble pas satisfaisante, la différence entre dopage et sociabilités n’apparaissant pas clairement. Si certains produits sont consommés dans des situations récréatives, c’est bien que ces produits permettent d’avoir des relations sociales plus agréables en permettant le relâchement des autocontrôles. En tant que telle, leur prise pourrait s’apparenter à une forme de dopage, puisqu’elle facilite les relations sociales par ses effets relaxant et désinhibant.

Si l’on accepte la définition que donne Patrick Laure de la « conduite dopante » comme « la consommation d’un produit pour affronter ou surmonter un obstacle réel ou ressenti par l’usager ou par son entourage dans un but de performance. » (P. Laure, Dopage et société, Paris, Ellipses, 2000, p.28.), on voit qu’elle englobe la plupart des usages présentés ici. L’absorption de produits psychoactifs permet, entre autres, de dépasser les contrôles intériorisés qui sont autant d’obstacles à l’expression des émotions.

Les distinctions faites entre les usages amicaux et conviviaux, les usages de dopage et les usages endémiques (le trou noir) des produits psychoactifs désignent finalement des valeurs sociales. Les usages festifs ou récréatifs sont acceptables puisque les personnes restent dans le lien social et ne font finalement que s’accorder une “ pause ”, ce qui est à l’opposé des usages chroniques où les personnes sortent du lien social en établissant une relation quasi exclusive avec leur(s) produit(s).

Dans le cas du dopage, les usages s’apparentent à de la “ triche ” ; ils visent à permettre de meilleures performances à l’aide d’un adjuvant chimique. Lors une émission de radio, un jeune homme déclare comment il a fumé un joint la veille du bac pour se détendre. “ J’ai bien déliré et j’ai eu seize ” conclut-il (France Inter, “ Zinzin ”, lundi 14 juin, 20 h.10/21h30. L’émission était consacrée aux problèmes du dopage en milieu sportif). Les étudiants bousculés par des périodes d’examen prolongées, dont dépend leur avenir, peuvent ainsi recourir à différents produits d’une manière qui peut évoquer le dopage. De même, dans les métiers de la création, il arrive que soient consommés des produits en vue de trouver l’inspiration. S’il n’est pas question pourtant de triche ici, c’est bien que le sport représente un idéal égalitaire (A. Ehrenberg, Le culte de la performance, Paris, Calmann-Lévy, 1991.) qui n’a pas cours dans la société de marché. Les compétiteurs sont considérés comme égaux et la responsabilité de leurs actes leur incombe.

La recherche du plaisir, inhérente à tout être humain, se situe donc dans des contextes différents, plus ou moins admis socialement. De la simple détente en rupture avec les tensions de la vie quotidienne à la décompression plus importante recherchée après des périodes d’effort intense, du plaisir que procure la réalisation de performances, assistées ou non par des produits, à l’abandon dans une relation quasi exclusive à un produit, c’est bien cette quête qui se décline ici dans toutes ses formes.

Deux modalités d’utilisation émergent des situations que nous avons examinées. Tous deux prennent forme par rapport aux activités de la vie quotidienne (qu’il s’agisse ou non d’activités sportives), mais y répondent de manière différente. L’un accompagne ces activités en fournissant des ressources qui les rendent moins contraignantes, l’autre sert à construire ou à renforcer des temps de rupture par rapport à ces activités.

Dans le premier cas, on peut parler d’usage de routine, non pas que les usages dont il est question ici soient quotidiens ou même réguliers, mais bien qu’ils répondent aux activités routinières de la vie. Ils soulagent de manière modérée des tensions résultant du contrôle et de la gestion des affects retenus dans l’exercice des charges quotidiennes. On trouve là des usages individuels aussi bien que collectifs.

Dans le second cas, on peut parler d’usage de rupture. Les utilisations des produits s’articulent alors à un contexte précis, spatial et temporel, qui est organisé pour faciliter le relâchement des émotions et qui brise la continuité des activités routinières. On retrouvera là les fêtes de fin d’année, les excès de vacances, les troisième mi-temps, etc. L’excès est une des caractéristiques des usages de rupture, il est le reflet inversé de la retenue et de la modération des usages de la vie courante. Ces usages sont essentiellement collectifs et prennent corps dans des sociabilités préexistantes.

Ces deux modalités d’utilisation des produits psychoactifs compensent les tensions vécues au jour le jour et ne sont compréhensibles que par rapport aux situations dans lesquelles les personnes se trouvent et qui les affectent plus ou moins.

Pourtant, il existe aussi des utilisations qui sont à la fois excessives et fréquentes. Elles peuvent correspondre à un comportement individuel (toxicomanie) ou à une normalisation de l’excès dans un groupe, mais il est improbable qu’elles n’aient aucun rapport avec les activités sociales de l’individu ou du groupe. On peut qualifier cette utilisation de « routine de l’excès ».

Ces différentes utilisations ne rendent cependant pas compte réellement des relations entre les situations dans lesquelles se trouvent les personnes et leurs consommations. Si, nécessairement, chaque personne peut avoir un comportement fort différent en fonction de son parcours, il me semble que l’on peut aussi retrouver là des logiques sociales.

La définition de Patrick Laure rend bien compte des différents éléments qui sont susceptibles d’articuler des motivations individuelles à un environnement social précis. L’idée d’obstacle, notamment, fait à la fois appel au ressenti particulier de chaque personne, mais aussi à des contraintes objectives dans le déroulement des activités. Les usages ne peuvent être pensés en dehors des contextes sociaux dans lesquels ils prennent forme. Même le ressenti, s’il fait certes appel à des subjectivités et des sensibilités fort différentes, ne peut être abstrait des normes auxquelles se réfèrent les individus et qui découlent au moins en partie des milieux sociaux qui les imprègnent.

Pourtant, il ne s’agit pas tant de considérer des conditions sociales en tant que telles, mais plutôt de voir comment celles-ci créent des tensions qui agissent sur les personnes et rendent nécessaire l’utilisation d’un « adjuvant chimique de l'action » (A. Ehrenberg, 1995, op. cit., p.127-128.). Ces tensions s’exercent forcément entre une action et son résultat, dans le rapport entre l’effort accompli et la satisfaction qui en découle. Il est donc bien question ici de positions sociales et de conditions de vie, du rapport entre la situation occupée et les tensions qui en résultent.

J’ai donc essayé de bâtir une typologie qui puisse rendre compte des différents usages par rapport aux situations dans lesquels ils naissent. La réflexion dépasse alors les consommations des seuls sportifs et je me suis servi aussi d’exemples tirés d’autres recherches pour approfondir ce cadre d’analyse. La typologie que je propose comporte quatre catégories, définies par la relation avec le(s) produit(s) psychoactif(s) utilisé(s) et les effets recherchés en relation avec les situations occupées et les tensions qui leur sont inhérentes : il s’agit du confort, de la résistance, de la performance et de l’addiction. Les deux premières catégories regroupent les usages liés à la décompression selon qu’ils varient en intensité.

Dans le confort, on trouvera aussi bien les usages récréatifs du cadre qui aime à boire un whisky ou deux le soir que ceux du jeune qui fume un ou deux joints après l’école. Il en est de même pour le sportif qui cherche à se relaxer après une longue journée d’entraînement. On y trouvera aussi des usages encore davantage liés au travail, tels que ceux de certains fumeurs de cannabis qui grillent un joint soigneusement dosé avant d’arriver au travail.

Il s’agit ici de se détendre et de se soulager de la tension des activités professionnelles, une tension qui n’est pas très importante mais qui n’en nécessite pas moins un minimum d’aide pour se relâcher. Cette aide pourrait aussi bien se retrouver dans d’autres pratiques : voir un bon film ou jouer au football avec les copains en bas des immeubles sont des activités qui correspondent aussi à ce nécessaire relâchement de la gestion des émotions. On pourra trouver ici certaines conduites dopantes comme la prise de produits destinés à diminuer la souffrance chez des pratiquants de sports de loisir se livrant à des exercices inhabituels (randonnée, escalade, etc.). Ces usages sont essentiellement des usages de routine. Ils sont associés aux activités de la vie quotidienne et ne concernent pas des consommations intensives.

La résistance concerne un niveau plus élevé de tension : c’est quand la pression pèse plus lourdement sur les personnes que les usages deviennent plus conséquents, voire excessifs. On y trouvera plusieurs types de situations, selon qu’il s’agit d’utilisation de routine ou de rupture.

Les utilisations de routine concernent des consommations à la fois importantes et quotidiennes. L’ennui qui pèse sur les adolescents et les jeunes adultes des cités défavorisées de banlieue (S. Aquatias, H. Khédim, N. Murard, K. Guenfoud, « L’usage dur des drogues douces, recherche sur la consommation de cannabis dans la banlieue parisienne », rapport de recherche, GRASS, 1997.) ou sur les travailleurs exécutants dans des professions peu qualifiées ou peu intéressantes et où seules règnent la déresponsabilisation et la monotonie en constitue un versant. L’autre est celui des personnes qui doivent arriver à maintenir un niveau de production ou d’attention pour garder leur position : certains métiers à forte responsabilité comme ceux de la sécurité et de la sûreté (J.M. Haguenoer, M.H. Hannothiaux, M.C. Lahaye-roussel, B. Fontaine, P.M. Legrand, P. Shirali et al., « Prévalence des comportements toxicophiles en milieu professionnel : une étude dans la région Nord-Pas de calais » Bulletin de l’Ordre des médecins, 1997 ; 80. 11-5.), certaines professions où les heures supplémentaires sont foison, certains postes que les personnes ne peuvent espérer garder que si leur rentabilité ne diminue pas (Patrick Laure cite une recherche accomplie par C. Buisset, A. Hiault, L. Mignien, S. Volkoff, C. Monfort, « consommation de médicaments psychoactifs chez les salariés occupant des emplois administratifs », Age, travail, santé, Paris, Inserm, 1996, dans laquelle les auteurs trouvent un lien entre les consommations de médicaments « pour les nerfs » et « les composantes de pression et de sollicitation sur les lieux de travail ». P. Laure, op. cit., p193.). On trouvera là aussi des usages dopants tels que ceux des sportifs blessés qui consomment pour garder leur niveau stable. Peut-être même pourrait-on classer ici les investissements de certains sportifs dans d’autres sports que le leur pour retrouver une pratique ludique.

Les usages de rupture se retrouvent dans des situations où l’écart entre l’effort des activités quotidiennes et la satisfaction que l’on y trouve est conséquent, que l’effort soit très important, la gratification faible ou que les deux éléments se conjuguent.

C’est dans ces situations que l’on trouvera des usages festifs d’autant plus intensifs que la vie quotidienne n’offre que peu de gratification. Ainsi Sandy Queudrus parle à propos des jeunes fréquentant les free-parties de « gestion du déclassement » pour des personnes qui sont globalement issues des milieux populaires, disposent d’un niveau d’études modeste et se trouvent dans des situations sociales incertaines et précaires (S. Queudrus, La free-party, une gestion du déclassement, Mémoire de DEA en sociologie, Université de Paris VIII, 1998.). C’est là aussi que les usages festifs démesurés des sportifs, qui compensent la constance des efforts pendant la journée, la compétition ou la saison, prendront tout leur sens. Et par ailleurs, il semble que leur situation, dans le domaine du sport, soit tout aussi incertaine et précaire par son incessante remise en jeu, même si la gratification est certes plus importante ici.

Dans les usages de routine comme dans les usages de rupture, il ne s’agit pas d’augmenter des performances, même si les usages sont des conduites dopantes. Il s’agit ici de supporter les difficultés et non de les dépasser. La résistance est un mode de compensation. Mais elle peut aussi induire une routine de l’excès, comme c’est le cas dans certains corps de métiers ou certaines activités, comme le sport de performance ou le bâtiment. C’est souvent dans ce cas que l’on assistera à la normalisation des usages de produits psychoactifs.

La performance est toute autre. Il ne s’agit pas ici de supporter mais bien d’aller plus loin, de se dépasser et de faire mieux. Si la résistance concerne ceux qui veulent arriver à tenir dans la situation qui est la leur, soit qu’elle les satisfasse, soit qu’ils n’en imaginent pas d’autres, la performance vise à dépasser la position présente. On trouvera ici non seulement les prises de stéroïdes des adolescents qui désirent se muscler et les consommations de produits dopants des sportifs ou des équipes qui veulent obtenir un classement supérieur, mais aussi les utilisations de cocaïne ou d’amphétamines dans les affaires et le show-business, les absorptions d’hallucinogène des créateurs en quête d’inspiration ou des mystiques en quête de révélation. Les usages sont essentiellement des usages de routine. La rupture semble peu fréquente ici.

L’addiction correspond aux définitions classiques de la toxicomanie. Elle se spécifie par la dépendance psychologique et parfois physique et peut faire suite aux types précédents d’usage. On y retrouvera aussi bien des dépendances aux produits psychoactifs et dopants, à l’alimentation, aux jeux, etc. L’usage de rupture est routinier, la routine est de bâtir de la rupture. Comme dans la résistance, on a affaire à une routine de l’excès, mais ici celle-ci ne s’intègre pas à d’autres activités. Il y a un changement de polarité : la consommation devient l’activité principale, autour de laquelle gravitent toutes les autres activités.

Pour résumer, et de manière un peu caricaturale, on peut dire que les usages de confort correspondent au relâchement de soi, les usages de résistance au maintien de soi, les usages de performance au dépassement de soi, les usages d’addiction à l’oubli de soi.

Cette typologie est cependant loin d’être parfaite. Certains cas précis restent difficiles à classer dans ce schéma : qu’en est-il par exemple des situations où, pour tenir leur place, les individus sont obligés de sans cesse améliorer leurs résultats et, en conséquence, consomment des produits psychoactifs ? Est-ce de la performance ou de la résistance ? Qu’il s’agisse de certains sports où l’évolution des modes d’entraînement produit une augmentation rapide des performances ou de certains secteurs en pointe de la vente où il est nécessaire d’accroître sans cesse le chiffre d’affaires pour tenir sa place, il est relativement difficile de spécifier dans quelle catégorie on classerait ces usages. Mais indubitablement cette zone de trouble évoque aussi des effets de champ particuliers où existe une relative confusion entre le maintien de soi et le dépassement de soi. C’est notamment le cas des activités sportives.

De même, certains usages peuvent se cumuler. Rien n’empêche un sportif de bon niveau de se livrer à quelques excès festifs et de consommer dans le même temps des produits à fin de performance, comme le font certains « teufeurs » qui, en rave party, consomment des produits démultipliant les sensations dans le même temps qu’ils consomment des amphétamines pour profiter plus longtemps de la fête (Je me sers ici des descriptions de Sandy Queudrus, déjà citée, et d’Etienne racine, « Pratiques culturelles et prise de risques chez les jeunes en milieu techno », Ministère des la jeunesse et des sports, CRIPS Ile de France, Juin 1999.).

Enfin, il reste à définir avec davantage de clarté les critères (tensions résultant des situations sociales et / ou personnelles, intensité de consommation, etc.) qui séparent confort et résistance, résistance et dopage, etc.

Ces quatre catégories sont donc encore bien incertaines et demandent des compléments évidents. Si je les présente néanmoins ici, c’est parce qu’elles permettent de souligner plusieurs aspects essentiels des consommations de produits psychoactifs.

· S’il existe des trajectoires personnelles qui peuvent prédisposer aux usages, les situations sociales jouent aussi un rôle. Ces situations sociales ne doivent pas être comprises en terme d’état (être ouvrier, champion ou jeune), mais en terme de tension entre une situation vécue et un ensemble de contraintes objectives. Or, la prévention des usages de produits psychoactifs est toujours davantage dirigée vers des individus ou des catégories que vers des situations, comme si, justement, les situations étaient égales. On trouve par exemple la volonté dans la prévention de l’alcoolisme dans l’entreprise de ne pas désigner de population cible pour respecter la dignité des personnes (Voir, par exemple, l’article de Dominique Huez « CHSCT et médecine du travail : deux éléments indispensables pour la prévention de l’alcoolisme en milieu de travail », De l’alcoolisme au bien boire, Guy Caro (dir.), tome 2, Paris, L’Harmattan, 1990, pp 108-115.), sans qu’il soit reconnu que certaines conditions de travail peuvent contribuer au développement de certaines consommations.

· Parce qu’il s’agit de catégories descriptives, et bien qu’elles soient présentées ici de manière relativement synthétique, elles permettent d’abord de mieux comprendre à quels enjeux les personnes sont confrontées et ensuite de faire sortir les pratiques des cadres juridiques et médicaux, nécessairement normalisateurs, dans lesquelles elles sont analysées habituellement. Le sport est, de plus, souvent soumis à une idéologie égalitaire, à la réalité pourtant assez improbable, qui ne peut rendre compte des différentes tensions qui jouent sur les personnes bien au-delà de leurs capacités physiques.

· Enfin, cette description s’inscrit dans une configuration précise d’usages, liée aux transformations de la société. Les quatre catégories proposées prennent corps dans la tension entre souffrance et performance. Et si des cas limites, que j’ai déjà signalés, se détachent parfois, c’est que dans certaines conjonctions, des personnes souffrent de ne pas être performantes. “ Des difficultés croissantes à supporter les frustrations, faute de moyens de différencier souffrances pathologiques et malheurs ordinaires, peuvent contribuer à supporter de moins en moins les problèmes sans assistance chimique. Ces difficultés ne peuvent qu'augmenter dans une société de responsabilité de soi, où l'échec scolaire, professionnel ou social est de plus en plus imputé à l'individu lui-même et conduit à des frustrations de masse que ne connaissent pas les sociétés de destin. ” (A. Ehrenberg, 1995, op. cit., p.150.). Dans ce contexte, la typologie que je propose permet alors de mieux saisir les effets de système qui pèsent sur les gens.

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