Ecoute Dopage. Des psychologues en première ligne
Entre toxicomanie et surmédication, le dopage se révèle, depuis peu, comme un véritable fléau social. Il concerne aujourd’hui tous les sportifs, les jeunes comme les adultes, les amateurs comme les professionnels, mais aussi, indirectement, leurs proches comme le grand public. Relativement au mot d’ordre suivant : « Il faut reconnaître cette situation et briser le silence… », le ministère de la Jeunesse et des Sports a créé un numéro vert, national et gratuit, Ecoute Dopage, au 0 800 15 2000. Anonymes et confidentiels, les appels sont reçus par une équipe de neuf psychologues. De formation clinique et spécialisés dans le champ sportif*, ces psychologues inscrivent leur action professionnelle et, de fait, leur éthique, dans la politique actuelle de lutte contre le dopage.
Objectifs
Une nouvelle loi concernant le dopage vient d’être votée : elle accentue les modalités de contrôle et de répression. Dans un objectif primordial d’information et de soutien, l’équipe des psychologues privilégie l’abord préventif, selon deux axes de travail déterminant un type d’objectifs intermédiaires :
· Un axe individuel incombant à chaque psychologue
Il s’agit d’offrir une écoute et d’accueillir tout questionnement, doute inquiétude, détresse des personnes affectées par l’impasse que représente le dopage. Dans cette perspective, ne pas se limiter à la demande flagrante, mais quand c’est possible, faciliter l’émergence d’une demande latente, permet à l’appelant :
- de se réapproprier véritablement le sens de son appel ;
- en conséquence d’être orienté vers d’autres interlocuteurs (délégations régionales de la Jeunesse et des Sports, psychologues, médecins, structures spécialisées dans le traitement de la toxicomanie, etc.).
· Un axe de travail collectif (toute l’équipe)
Il s’agit de travailler à une expertise globale de la conduite dopante. Dans cette perspective et à travers l’accumulation de témoignages, les difficultés singulières exprimées de manière récurrente sont répertoriées, analysées et transmises sous forme statistique au ministère. Ainsi, mieux averti de l’ampleur et des caractéristiques du phénomène que constitue le dopage, celui-ci est en mesure d’affermir ses positions. Soulignons au passage l’originalité de faire résonner ainsi jusqu’aux instances ministérielles des actes de parole recueillis au gré de leurs fluctuations métaphoro-métonymiques. Ecoute Dopage se situe finalement comme un observatoire social des conduites dopantes liées à la pratique des activités physiques et sportives.
Méthodes et techniques
· Relatives au travail individuel
Le psychologue a charge d’une recherche de sens avec l’appelant. Sens qui ici, rappelons-le, émerge d’un verbal dépourvu des bases tactiles, olfactives, visuelles qui rythment habituellement la rencontre en face-à-face. Ainsi le contact sonore, seule donne pour une mise en confiance ponctuelle, radicalise le sens dans la surprise du signifiant. C’est donc l’écoute clinique qui supporte l’intervention. Cerner le ton, l’ambiance, l’émotion de la personne s’avère prépondérant, même si certaines demandes s’annoncent comme d’anodines plaisanteries ou de manifestes demandes de renseignements. D’autre part, l’unicité du canal d’échange accentue l’importance que revêtent les silences ainsi que le risque de projections fantasmatiques. Pour pallier ces difficultés associées à la sensibilité clinique de chaque psychologue, les techniques classiques de relance, de reformulation, d’acquiescement guttural, prennent une toute autre envergure et constituent l’armature principale de l’intervention.
· Relatives au travail d’équipe
Les psychologues se réunissent chaque semaine pour repérer ensemble les problématiques et thèmes qui se répètent et en dégager le noyau et les articulations. Ces réunions hebdomadaires offrent l’opportunité d’une mise en perspective théorique de certaines problématiques nouvellement apparues au cours de la semaine. Des réunions mensuelles de régulation, animées par un psychologue extérieur à l’opération, parachèvent ce travail de groupe.
Statut, partenariat et évolution
Les psychologues sont en CDD de six mois et se répartissent les cinquante heures d’écoute hebdomadaires. Elles sont rémunérées 100 francs nets de l’heure par le biais d’une association loi 1901, « ADR STAPS » qui, bénéficiant des subventions de l’Etat et du soutien de France Télécom, assure la gestion de l’opération. Ecoute Dopage travaille, par ailleurs, en collaboration avec les organismes suivants : Fil Santé Jeunes, SOS Drogue International, Drogue Info Service, Sida Info Service, afin de prendre place au sein des numéros verts.
Quant à l’évolution, elle est dépendante de la confiance accordée à la fonction médiatrice des psychologues du sport par le ministère de la Jeunesse et des Sports et de l’évolution de la politique de prévention contre le dopage.
Jean-Claude Villanueva
Stéphane Deroche
Dorian Martinez
Psychologues spécialisés sur les problématiques sportives
*Tous les psychologues sont titulaires du DESS « Psychologie et sport »délivré par l’université Paul-Valéry (Montpellier III) en collaboration avec la faculté des sciences du sport (Montpellier I).
Article également paru dans la rubrique « zoom professionnel » du Journal des Psychologues n°169, juillet-août 1999