Magazine Sport & Vie > Sport & vie n° 73


La défonce des éléphants

Le recours à la cocaïne remonte aux origines des compétitions cyclistes où elle faisait déjà partie -avec l'alcool, la caféine, la strychnine, la morphine- des remontants les plus consommés dans les pelotons.
Voici ce qu'écrivait par exemple l'Américain Max Novich, chirurgien orthopédique et membre du conseil d'administration de l'American College of Sports Medicine: "Les entraîneurs à la fin du XIXe siècle donnaient souvent à leurs poulains de la cocaïne et de l'héroïne. A cette époque, c'est la cocaïne qui était la plus largement utilisée comme stimulant par les cyclistes professionnels mais son efficacité dépendait du dosage et de la façon dont elle était administrée. On la prenait généralement par voie buccale, mélangée avec de la caféine" (1).
Un demi-siècle plus tard, la poudre blanche n'était pas passée de mode. Voici le témoignage du pistard français et futur comédien, André Pousse: "Il m'est arrivé d'utiliser une pommade à base de cocaïne. On enduisait le fond intérieur du cuissard et la pommade pénétrait sous la peau. Après cela, on se sentait tout joyeux.
Le temps paraissait moins long, le sempiternel horizon des balustrades et des gradins moins monotone. La cocaïne est un excitant cérébral mais aussi un calmant nerveux. S'il nous fallait hausser le ton dans une chasse, on compensait par un produit tonicardiaque, mais sans exagération" (2).
Dans les épreuves sur route, la cocaïne faisait aussi son petit effet comme en témoigne l'exploit d'Henri Surbatis qui, en 1954, enchaîna les 6-jours de Paris et la classique Paris-Roubaix qu'il termina à la neuvième place. Cette histoire est racontée par Pierre Chany. "Surbatis sort des 6-jours de Paris où il a réussi à obtenir une drogue miracle", explique-t-il. "En fait, cette préparation était sans doute de la cocaïne".
Quelques heures plus tard, on retrouve le coureur dans un état euphorique sur le vélodrome de Roubaix. "Il raconte maintenant son aventure non sans esprit", reprend Pierre Chany, "rappelant, entre autres souvenirs "qu'il n'a pas vu un pavé de cette journée" et que les adversaires lui paraissaient "gros comme des enfants de dix ans" (3). Simoni ne serait donc pas le premier coureur qui carbure à la blanche. On s'étonne seulement de la résurgence d'une drogue si facilement détectable. Aucune hypothèse ne doit être écartée d'emblée: machination, accident, consommation récréative, erreur thérapeutique.

(1) Novich M.M.- Sport et doping. ? Abbotempo, 1964, n° 2
(2) Bastide R.- Doping. Les surhommes du vélo. - Paris, éd. Solar, 1970.
(3) Chany P. et Bobet J. - La grande illusion du doping. - Sport et Vie n° 44, janvier 1960.

Dr JPdM
Sport et Vie n°73
Sur le Front du Dopage

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