Magazine Sport & Vie > Sport & vie n° 73


Combat de coke

Lors de ce Giro décidément très riche en rebondissements, on apprenait aussi le déclassement de l'Italien Gilberto Simoni, dernier vainqueur en date, après la publication des résultats d'un contrôle positif inopiné subi un mois plus tôt à la veille du Tour du Trentin. Ce jour-là, ses urines avaient montré des traces de cocaïne.
Pour se justifier, Simoni a expliqué qu'il avait subi des soins dentaires quelques heures auparavant et que la présence de la drogue dans ses urines s'expliquait probablement par une erreur du dentiste qui lui aurait injecté un produit interdit. Lui-même aurait omis de transmettre ce détail aux médecins préleveurs diligentés par l'AMA (Agence Mondiale Antidopage): un Autrichien et un Australien qui ne parlaient pas l'italien. Dans un premier temps, l'UCI a accueilli plutôt favorablement ces explications. "La substance en cause est parfois utilisée comme anesthésiant local par les dentistes et les odontologistes", lisait-on dans un communiqué.
On trouvait même le fac-similé de l'attestation du praticien de Torbole sul Garda qui confirmait l'injection d'un anesthésiant. En apparence, tout est limpide.
Mais en apparence seulement. Car en examinant mieux le document, on s'aperçoit que le dentiste parle de carbocaïne dont les métabolites urinaires ne peuvent en aucun cas être confondus avec ceux de la cocaïne.
En outre, la carbocaïne n'est pas interdite par l'Union cycliste internationale, contrairement à ce qui a été repris un peu partout dans la presse. Elle nécessite seulement une prescription médicale. Les détails de l'utilisation des anesthésiques locaux sont d'ailleurs très clairement spécifiés dans les derniers règlements datant du 1 mai 2002. Primo, il faut une justification médicale. Deuxio, l'application doit être locale. Tertio, une éventuelle injection doit être locale ou intra?articulaire. Quarto, il est interdit d'utiliser de la cocaïne. En revanche, on peut recourir à d'autres anesthésiques comme la procaïne, la xylocaïne, la carbocaïne, la bupivacaïne, la lidocaïne, la mépivacaïne et les substances apparentées. Dans le cas où Simoni aurait réellement été traité avec de la carbocaïne, on comprend mal tout le tintouin autour de cette affaire et le risque pris par l'AMA qui, rappelons-le, rendait son verdict après pratiquement un mois de réflexion. C'est donc qu'il y avait autre chose...
De fait, Simoni a de nouveau été contrôlé positif à la cocaïne le 21 mai, pendant le Giro. Un nouveau dérapage qu'il mit cette fois sur le compte d'une boisson aux extraits de thé (*). Cette deuxième explication eut moins de succès que la première et il fut exclu de la course sans se départir d'une attitude de franchise désarmante: "Je jure que je n'ai jamais pris de cocaïne", disait-il. "Je suis un cycliste, pas un cocaïnomane". Sans préjuger de sa culpabilité, rappelons tout de même que les deux ne sont pas incompatibles, loin de là! Quelques anecdotes pour le prouver.

(*) Cette explication avait déjà été évoquée par deux footballeurs contrôlés positifs à la cocaïne à l’issue d’un match de qualification pour la Coupe du Monde de 1994 (Bolivie – Brésil : 2 buts à zéro). Le Bolivien Miguel Angel Riba Alvis et le Brésilien Zetti furent finalement blanchis après que l’on ait découvert que les traces de cocaïne provenaient d’un thé, le trimate, consommé en Bolivie pour mieux s’acclimater à l’altitude.

Dr JPdM
Sport et Vie n°73
Sur le Front du Dopage

Retour