Chauve qui peut
La chute des cheveux qui concerne beaucoup d'hommes à l'âge adulte est liée à la production testiculaire ou plus exactement à la transformation de la testostérone en dihydrotestostérone qui, pour une raison encore mystérieuse, fait pousser les poils sur le corps et fait tomber les cheveux sur la tête. Par le biais d'une nouvelle molécule, appelée finastéride, on peut néanmoins inhiber l'enzyme (5-alpha-réductase) responsable de cette mutation et donc lutter contre la calvitie précoce.
On raconte qu'un célèbre footballeur préoccupé par ce problème s'était renseigné sur le médicament (Propecia) et ses possibles interactions avec les contrôles antidopage. Il a bien fait! Certes le produit ne figure pas sur la liste rouge. Mais un comité d'experts de "United Kingdom Sports Council" (Conseil des sports du Royaume-Uni) vient de produire un rapport qui met en alerte la communauté scientifique mondiale. Le finastéride pourrait en effet masquer la prise de nandrolone! En vérité, c'est même un peu plus compliqué que cela. Le médicament réduirait l'excrétion de la 19-norandrostérone et augmenterait parallèlement l'excrétion de la noréthriocholanolone, inversant du même coup le rapport classique des métabolites en cas de dopage.
Le United Kingdom Sports Council recommande donc logiquement de l'inscrire sur la liste rouge au paragraphe des produits masquants. Aux dernières nouvelles, aucune décision dans ce sens n'avait été prise. Pour notre part, nous nous contenterons d'observer que la commercialisation du médicament -en 1997 aux Etats-Unis et en 1999 en France- coïncide avec une flambée de cas litigieux de sportifs positifs à la nandrolone. Ceux-ci continuent d'ailleurs de s'accumuler sans produire de remise en question sur l'interprétation des résultats: les athlètes Yevgeni Pechonkin (RUS) et Sunita Rani (IND), le basketteur James Brever (USA), le biathlète Vadim Sashurin (BLR), les cyclistes Mathias Buxhofer (AUT), Valentino Fois (ITA), l'escrimeur Loïc Attelly (FRA), le footballeur Carlos Gurpegi (ESP), la nageuse Claudia Poll (CRI), la patineuse de vitesse Iulia Pavlovitch (BIE). La piste du Propecia n'est pas la seule possible. Mais elle démontre en tous cas que la prise d'un produit apparemment anodin suffit à brouiller les pistes.
Dr JPdM
Sport et Vie n°76
Sur le Front du Dopage