Conférence dopage et cyclisme : subir ou agir ? - 10/12/2008

Le vendredi 14 novembre, au centre culturel de Rodez, la soirée sur le dopage présentée par le comité départemental du cyclisme, entouré de plusieurs partenaires, a tenu ses promesses.

Le dopage sportif concerne plus que le cyclisme, lequel est malgré tout dans l'œil du cyclone. Les invités qui ont parlé et alimenté le débat avec la salle étaient de qualité. Les trois coureurs ou anciens coureurs, entre autres, avaient des paroles percutantes.

Christophe Basson est originaire de Mazamet. En 1998, il courait au sein de l'équipe Festina puis participait au Tour de France 1999 où il avait dénoncé le dopage dans son billet quotidien du « Parisien libéré » avant d'abandonner suite à la pression du peloton. Il courait pour Lafrançaise des jeux cette année-là, Christophe Basson avait arrêté le cyclisme peu après. Il travaille actuellement à l'intérieur de l'Institution sportive à Bordeaux. Vendredi soir, le Tarnais a évoqué son expérience étayée par une pensée antidopage ne découlant pas directement des dégâts médicaux provoqués par la drogue.

Jérôme Chiotti, de Millau, jusqu'à son départ dû au professionnalisme, avait renvoyé son maillot arc-en-ciel du VTT à la fin des années 1990 en déclarant s'être dopé. Il a des choses à dire. Jérôme Chiotti, qui avait parlé dans une soirée d'Itinéraire et Découverte à Sébazac voici quelques années, assume le rôle de repenti avec une force émotionnelle.

Maryline Salvetat vit et travaille dans le Tarn ; elle fait tenir ensemble la pratique du cyclisme de haut niveau qui s'arrêtera début 2009, son métier de médecin généraliste ainsi que son attitude contre le dopage. Les contradictions un peu moins grandes dans le peloton féminin ont pu se gérer par Maryline Salvetat. Vendredi soir, elle s'est beaucoup appuyée sur ses connaissances médicales.
Cette soirée a réuni plus de 150 personnes intéressées par le sujet ; des jeunes sportifs, des parents, éducateurs et dirigeants qui souhaitent agir et se positionner contre le dopage.

La soirée s’est conclue par le « rêve » de l’organisateur lancé comme un message aux sportifs d’aujourd’hui et de demain.
Cette nuit, j'ai fait un rêve surprenant.
 
Je roule pépère sur mon vélo. Un Giant comme celui-ci. Je suis sur la route qui va du Monastère à Sainte Radegonde.
Il fait beau. Pas trop chaud. Pas de vent. Pas de voiture. La route pour moi tout seul.
Seul le très léger bruit de la chaîne, parfaitement huilée, qui tourne de manière subtile autour du plateau et des pignons trouble le silence.
Je pense à la conférence de ce soir. Et je me dis que la salle sera pleine. M. Bradfer et M. Mouysset seront radieux. Et moi je suis heureux.
 
Et tout à coup, sans aucun bruit, un grand bonhomme en toge blanche me dépasse. Et vous ne devinerez jamais : il roule sur une draisienne !
Alors, j'accélère. J'appuie de plus en plus fort sur les pédales de mon Giant ultraperfectionné. Mais peine perdue. Impossible de le rattraper. Encore une "chaudière" que je me dis, la langue pendante.
Au bout d'un kilomètre, je le rattrape enfin. Il est assis dans l'herbe. Peinard. Et il fume… la pipe. (non, pas un joint : vous ne pensez qu'à ça…).
Je m'arrête. Et là, je reconnais Saint-Pierre. Vous savez, le grand bonhomme qui est responsable de la salle de contrôle antidopage, juste avant l'entrée du purgatoire.
Il me dit : " Alain, il faut que tu viennes avec moi. Il y a des gens là-haut qui voudraient te voir." Vous imaginez ma surprise. Je n'ai pas le temps de répondre qu'il fait un geste de la main et en un clin d'œil me voici devant la porte de la salle de contrôle antidopage.
 
Saint Pierre pousse la porte et me dit : "viens Alain, que je te présente." Et là je n'en crois pas mes yeux ! Ils sont tous là. Les uns derrière les autres. A la queue leu leu.
Les plus grands de tous les champions : Louison Bobet. Eddy Mercks. Jacques Anquetil. Bernard Hinault. Et même Raymond Poulidor. Et devinez à quelle place ? A la 2ème évidemment. Et puis tout au bout, Miguel Indurain juste avant Lance Armstrong. "Alors je ne sais pas s'il compte faire un 8ème Tour de France, mais je crois que c'est mal parti pour lui", que je me dis en moi-même.
 
-- Attention, je vous interdis de conclure quoique ce soit. Je vous rappelle que tant qu'il n'y a pas preuve de culpabilité, il y a présomption d'innocence. Car certains ont peut-être été trompés à l'insu de leur plein gré. --
 
Bon alors en me voyant, ils se tournent tous vers moi et m'interpellent : "salut Alain". Je m'avance et les salue à mon tour en leur serrant la main. "Bravo pour la conférence" qu'ils me disent tous. "Tu féliciteras bien M. Mouysset pour son boulot. C'est super. Et puis tu diras à M. Bradfer que nous avons déjà négocié sa place au Paradis." Super sympas les champions que je me dis. Et puis tout à coup, leurs visages deviennent graves. Ils s'approchent de moi. Ils m'entourent. Et d'une seule voix ils me disent : "Alain, dis leur à tous ces jeunes amoureux du vélo, qu'ils font le sport le plus noble qui soit.
Dis leur bien à tous ces jeunes, qu'ils font le sport le plus dur. Dis leur bien, qu'ils font sans doute le sport le plus beau. Mais dis leur bien aussi que ça ne vaut pas la peine de prendre le risque de gâcher leur vie à cause d'une injection d'EPO, de cortisone ou de testostérone.
 
Que ça ne vaut pas la peine de prendre le risque de gâcher leur vie pour quelques podiums ou quelques milliers d'euros et leur photo dans l'Equipe.
 
Dis leur bien que les plus grands de tous les champions sont ceux qui n'ont jamais triché, ou qui se sont repentis, car ils peuvent regarder leurs enfants dans les yeux sans ressentir aucune honte ni aucun remord tout au fond d'eux.
 
Et puis, ajoutent-ils, donne leur donc ces astuces :
 
* pour faire monter naturellement le taux de globules rouges, facile, pas besoin d'EPO : il suffit de respirer une fois sur deux. C'est vrai, c'est écrit dans Sciences et vie.
 
* pour remplacer la cortisone, facile : la préparation mentale. Dès que vous avez mal aux pattes, vous repensez à la fois où vous vous êtes cassé la jambe au ski; ou bien que vous vous êtes coincé un doigt dans la porte (c'est terrible). Et bien si vous y pensez assez fort, vous verrez, vous n'aurez plus mal aux jambes…
 
* et enfin pour faire monter la testostérone : ultrasimple. Je ne vais pas vous faire un dessin. Mais les plus jeunes garçons comprendront ce qu'on veut dire le jour où ils verront leur petite amie en string ou en sous-vêtements en dentelle…
 
Et puis, me disent-ils pour finir, éradiquer le dopage : c'est très simple.
Pour organiser une course, il faut 3 ingrédients : des organisateurs, des sponsors et des teams avec entraîneurs, team manager et bien sûr des coureurs cyclistes.
 
Des sponsors, des organisateurs, des entraîneurs, des teams managers : vous en trouverez toujours.
 
Mais imaginez un instant que tous les coureurs cyclistes se donnent la main pour dire NON au dopage ! Tous ensemble !
 
Que pourront faire alors ceux qui poussent à la triche ? Rien ! Car sponsors, organisateurs, entraîneurs, teams managers, ne peuvent exister sans compétiteurs.
 
Autrement dit, dans cette histoire, vous les compétiteurs, on veut vous faire passer pour les faibles, les tricheurs. Mais en réalité, les plus forts : c'est vous !
 
Mais à une seule condition : de vous unir tous ensemble, car l'union fait la force.
Quant au spectacle ? Aucun problème, me disent-ils. Il y en aura. Même sans EPO. Car il y aura toujours des spectateurs.
 
Alain Pouvreau

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