Le combat du cyclisme contre son cancer - 29/05/2006
Bonne nouvelle pour le cyclisme : Manolo Sainz, surnommé en Espagne le « cancer du cyclisme », est mis en cause dans une vaste affaire de dopage. Espérons qu’il sera définitivement banni de ce sport tout comme l’ensemble des « métastases » retrouvées sur le listing des enquêteurs.
«On tire encore sur le cyclisme !» vont dire les cyniques et les sceptiques, «pourquoi ne pas s’intéresser aux autres sports ?». C’est vrai, il faut aussi agir dans les autres disciplines sportives. Mais, ne nous y trompons pas, cette nouvelle affaire représente une véritable chance de guérison pour ce beau sport. Il serait vraiment dommage de baisser les bras maintenant. Quand un Christophe Basson se fait sortir du peloton sous prétexte qu’il ne se dope pas, je suis triste et je me dis que le Cyclisme est loin d’être sorti d’affaire. Quand un Manolo Sainz se fait arrêter j’applaudi et j’ai envie de dire aux équipes, aux dirigeants et aux organisateurs de grandes épreuves qui ont fait le pari d’un engagement éthique : continuez sur cette voie la répression antidopage commence à porter ses fruits ; les tricheurs vont de plus en plus douter et perdre le bénéfice des produits illicites qu’il consomment. Au contraire, les sportifs intègres, rigoureux et intelligents pourront faire la différence, grâce à leurs capacités naturelles, leur entraînement et leur mental.
Les observations faites au numéro vert Ecoute Dopage montrent justement que les cyclistes sont de plus en plus soucieux de ne pas franchir la ligne rouge du dopage. Ils se renseignent sur l’évolution de la législation antidopage, sur la validité de certaines prescriptions médicales et s’inquiètent du contenu des compléments alimentaires. Même si certains consomment de manière excessive et dangereuse des produits autorisés comme la caféine, il n’en demeure pas moins qu’une certaine prise de conscience fait son chemin. La fédération française de cyclisme a d’ailleurs œuvré dans ce sens en s’impliquant réellement contre le dopage. C’est la première fédération qui a fait figurer le n°vert Ecoute Dopage sur ses licences et qui a intégré le moteur de recherche « dopage : savoir plus en un clic » sur son site Internet. Pour tenter d’éradiquer cette maladie, il faut emprunter deux voies parallèles : la répression par des « opérations » de terrain : contrôles antidopage et contrôles policiers. Contrairement au fatalisme de certains qui prétendent que « les tricheurs ont toujours un train d’avance sur les contrôleurs », l’affaire en cours démontre qu’avec un peu de moyens et une volonté d’agir certaine (« tolérance zéro ») on obtient des résultats. La deuxième voie nécessite plus de temps et l’implication de tous ; il s’agit de la prévention. Tout le monde en parle mais peu de choses sont faites en réalité. Pourtant, il y a des initiatives validées par des collèges d’experts qui peinent à se développer faute de moyens.
C’est, à mon sens, un des problèmes majeurs du sport. Que font concrètement les sponsors pour lutter contre le dopage ? Comme Liberty, ils laissent tomber leur équipe qui a fait tant de mal à leur image ? Ils menacent les organisateurs d’épreuves de se retirer en cas de scandale lié au dopage ?
A l’heure du commerce équitable, il est temps que les France Telecom, Crédit Lyonnais, Champion, Cofidis (et tous les autres…) s’impliquent dans un « sponsoring équitable » en reversant ne serait-ce qu’une infime partie (1% par exemple) de l’argent investi dans le sport pour des actions de prévention destinées aux sportifs. Il en va de la préservation des valeurs si chères pour leur image : l’éthique, la santé, la compétition. Les entreprises ont bien su se fédérer pour « Paris 2012 », pourquoi ne pas unir ses forces au bénéfice de l’avenir du sport ?
A la différence des malades atteints du cancer, le cyclisme et le sport en général ont la chance d’être maître de leur destin. L’heure du choix a sonné : d’un côté ceux qui se battent pour le Sport, de l’autre ceux qui ne font rien pour que ça change.
D.M
